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Page:Coubertin - Paysages irlandais, 1887-1888.djvu/11

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dans le port, à peine quelques bateaux de pêche ; tout à un cachet indicible de découragement et d’affaissement.

Au temps où les Espagnols étaient les premiers commerçants du monde et où leur hardiesse les poussait à chercher sans cesse de nouveaux débouchés, leurs vaisseaux parurent un jour dans la baie et ce fut le début de relations continues ; de cette époque datent les façades sculptées, les balcons ventrus, les cours intérieures et les grilles ouvragées qu’on rencontre non sans surprise dans les rues de Galway ; et là ne s’arrête pas le cachet méridional ; les femmes ont une façon de se draper dans leurs châles plucheux qui rappelle le jeu des mantilles et parfois on voit briller des prunelles noires qui n’ont rien d’Irlandais.

Plus espagnole encore d’aspect est cette étrange colonie qui forme un des faubourgs et qu’on appelle « The Claddagh » d’un mot qui signifie bord de la mer. Rien pourtant ne fait pressentir une origine méridionale chez ces hommes que l’on regarde ici comme les descendants directs de la population celtique. Ils ont eu longtemps une Constitution qui en faisait un monde à part : un Roi qu’ils élisaient et auquel ils obéissaient aveuglément, des fêtes spéciales pendant lesquelles la pêche était interdite…… et puis ils ne se mariaient qu’entre eux et toutes les femmes recevaient à leur mariage, des bagues d’or ou d’argent représentant un cœur avec deux mains enlacées. De plus ils considéraient la baie comme leur domaine réservé et coupaient impitoyablement les filets des pêcheurs étrangers à leur corporation. Cela finit tout naturellement par exaspérer les habitants de Galway et du comté ; et le gouvernement dut intervenir ; plutôt que de renoncer à ce qu’ils regardaient comme un droit sans conteste, ces enragés aimèrent mieux s’en aller ; beaucoup d’entre eux gagnèrent l’Amérique ; ils ont établi aux environs de New-York un nouveau Claddagh où ils observent encore leurs rites anciens. Il est vrai que beaucoup sont restés ; mais ils ne sont plus en force pour résister ; leur bourg se rétrécit sans cesse et peu à peu ils rentrent dans la règle commune.

Les dernières chaumières du Claddagh touchent au rivage : il y a là, pour le moment, beaucoup de vase, des débris de toutes sortes, une estacade à demi-pourrie sur laquelle sèchent des filets et un vieux pêcheur qui regarde au loin vers l’entrée de la baie — « par où viennent les îles » — quand le temps est très clair. — Mais on ne voit que des bancs de varech, longues traînées rougeâtres que les flots bercent lentement…


VII


Dans chaque comté, les amateurs se sont groupés en club pour la chasse au renard ; c’est le sport favori et cette fois tout promet une réunion brillante. Environ trente habits rouges