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Page:Coubertin - Pages d’histoire contemporaine.djvu/31

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LES ÉTAPES D’UNE ILLUSION


23 septembre 1902.

Quand les Anglais célébrèrent, en 1887, le cinquantième anniversaire de l’avènement de la reine Victoria, la presse française les félicita avec aménité et leur donna à entendre qu’ils étaient parvenus à l’apogée de leur puissance. Le plus haut sommet se trouvait atteint ; au delà, il faudrait descendre et, d’abord, voir les colonies fausser compagnie une à une à la métropole ; elles devaient s’en détacher, « comme un fruit mûr se détache de l’arbre ». C’était l’image consacrée. On lui trouvait à la fois une saveur poétique et une précision scientifique. En ce temps-là, les Anglais eux-mêmes étaient convaincus de sa justesse et attendaient paisiblement que les fruits fussent mûrs. Cependant, la reine vivait toujours, et dix ans plus tard le monde étonné assista à un second jubilé. « Pour le coup, s’écrièrent nos journaux, c’est bien le dernier sommet, le dernier des derniers ; et vous en avez une chance, que les fruits aient tenu jusque-là ! Maintenant, attention ! ils vont dégringoler. » L’automne vient… et puis l’hiver.

Le premier jubilé avait été royal ; le second fut colonial. En 1887, les souverains et les princes héritiers d’Europe étaient accourus en grand nombre autour de leur doyenne, empressés à célébrer, avec elle, au soir d’un règne long et prospère, les bienfaits de la stabilité monarchique. En 1897, ils n’occupaient plus le centre du tableau ; à leur place se dressait l’Empire, représenté par des détachements de