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Page:Coubertin - Pages d’histoire contemporaine.djvu/292

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LE BALANCIER BRITANNIQUE


14 février 1906.

Presque en tous pays — soit que leurs leaders aient intérêt à égarer l’opinion, soit en vertu d’une inaptitude spéciale à résumer leurs aspirations d’une façon claire et précise — les partis politiques se choisissent des dénominations incolores ou inexactes. Les « démocrates » des États-Unis le sont un peu moins que leurs adversaires les « républicains », mais par contre ils sont tout aussi républicains qu’eux. C’est « centralistes » et « particularistes » qu’il faudrait dire. Chez nous, les « opportunistes » furent des « progressistes » à tendances radicales ; les « progressistes » sont en réalité des conservateurs et les « conservateurs » sont des réactionnaires. Il existe tel pays des Balkans où les radicaux sont les meilleurs champions du capitalisme bourgeois. Allez donc vous y reconnaître.

On nous répète ces temps-ci qu’une grande vague de libéralisme vient de balayer l’Angleterre. Je vois bien qu’un parti dit « libéral » a infligé une défaite écrasante à un autre parti dit « conservateur », mais je vois aussi qu’à part un petit groupe de gens avancés qui désirent sincèrement des réformes considérables, la masse des élus et des électeurs est tout aussi anxieuse aujourd’hui qu’hier de maintenir dans son ensemble et dans ses détails l’organisation présente ; et ce n’est pas moi qui l’en blâmerai car cette organisation, pour n’être pas parfaite — le ciel préserve les humains de la perfection ! — n’en compte pas moins