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Page:Coubertin - Pages d’histoire contemporaine.djvu/289

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le contact de l′arme

blème psycho-physiologique qui vaudrait d’être creusé ; qu’on me permette de seulement l’esquisser ici.

Mais d’abord une distinction s’impose. L’arme dont nous parlons, c’est l’arme régulière, l’arme d’ordonnance, si l’on peut employer cette expression — l’épée, le fusil, le sabre, le pistolet… ce n’est pas l’arme improvisée des émeutes et des jacqueries ; ce n’est pas la faux, outil des moissons paisibles détourné de sa destination pour devenir un engin de meurtre ou de rapine. Ce ne sont pas la pierre ramassée sur la route ni le tisonnier de l’âtre ni la bouteille du cabaret dont, mus par la fureur homicide, se saisissent, soudainement, des bras irréfléchis. Ces armes-là s’affirment plus redoutables encore pour l’homme qui les manie que pour l’homme qu’elles atteignent ; elles le dégradent assurément.

En est-il de même de l’arme régulière, la vraie, celle qui ne ment pas à sa fonction ? Est-il exact qu’elle barbarise par le seul fait de constituer un agent de mort ou bien qu’elle apaise au contraire en éveillant chez qui la tient des sensations et des sentiments salutaires ? Voilà, en regard l’une de l’autre, les thèmes contradictoires sur lesquels on peut broder à l’infini, mais dont les deux idées maîtresses forment la base immuable de toute argumentation sur ce sujet. Remarquons que le premier repose sur un a priori ; il faudrait peut-être établir préalablement que le droit de vie ou de mort, si abondamment répandu dans la nature, constitue par lui-même un germe de barbarie. Beau sujet de discussion ; ce sont toutes les relations du monde matériel et du monde moral qu’il s’agirait d’élucider. Le procès n’est pas vidé et sans doute ne le sera jamais.

Nous ne nous risquerons point à y intervenir. Aussi bien un fait domine-t-il la question, un fait qu’ont pu constater sur eux-mêmes ou sur leurs semblables ceux auquel le goût des sports, les nécessités de la carrière ou les hasards de la vie ont donné occasion de s’armer ou de vivre au milieu de gens armés : c’est que la plupart du temps — et à part telle circonstance où se manifesterait par