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Page:Coubertin - Pages d’histoire contemporaine.djvu/20

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le dilemme

la France, c’est d’intervenir chaque fois que cela se peut et de protester le reste du temps. Qu’on égratigne un Tchèque, un Polonais ou un Bulgare sans que la France, à défaut d’intervention, proteste, et sa déchéance sera consommée. C’est très beau, très noble, mais j’ai peur aussi que ce ne soit un peu sot, ce rôle de gendarme de la morale quand on n’est pas certain d’être le plus fort. Un tel rôle, dans tous les cas, n’est plus compatible avec les soucis et les devoirs de l’expansion lointaine.

Les colonies sont comme les enfants : il est relativement aisé de les mettre au monde ; le difficile est de les bien élever. Elles ne grandissent point toutes seules, elles ont besoin d’être soignées, dorlotées, choyées par la mère patrie ; il faut qu’un regard attentif les couve, devine leurs besoins, prévoie leurs déboires, calme leurs chagrins. Reste à savoir si une telle besogne va de pair avec les alliances luxueuses, les revanches exclusives, les points d’honneur trop subtils !

Notre politique extérieure subit le contre-coup du changement qui s’opère dans la politique mondiale : hier elle pouvait se contenter de monter la garde ; la voici condamnée à l’action.

Mer ou continent : le vieux dilemme est revenu se poser devant nous comme au temps où Louis xv se vantait de faire la guerre « en roi et non en marchand ».

Et tout ce que je souhaiterais pour le moment, ce serait de noter sur le double visage de Janus le pli de la réflexion indiquant qu’il voit le dilemme, qu’il en saisit l’importance et qu’il y songe…