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Page:Coubertin - Notes sur l education publique, 1901.djvu/85

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la terre

que les chemins de fer puissent jamais remplacer les diligences ? » — On conçoit que les chemins de fer fussent considérés comme une intéressante curiosité et non comme un fait géographique ; aujourd’hui ils s’imposent au géographe et les stations du Transsibérien sont assurément plus importantes à connaître que les villes arrosées par le Niémen ou la Drave.

Mais, dira-t-on, ces choses s’apprendront plus tard par l’usage, par la vie ; le Transsibérien sera peut-être détruit, modifié, doublé, tandis que le Niémen ou la Drave ne cesseront point de couler. Voilà, mise en lumière par une objection d’apparence logique, l’erreur fondamentale de la pédagogie. Sous prétexte de distinguer entre l’immuable et le passager, entre le principal et l’accessoire, elle barre à jamais la route à certaines notions, elle fausse pour jamais la proportionnalité de certains faits, elle apprend à l’adolescent un monde différent du sien et l’on s’étonne ensuite de l’y voir si dépaysé, si lent à trouver son chemin, si maladroit à se débrouiller. À 17 ans, il sait peut-être beaucoup de choses, mais de la culture, de l’industrie, du commerce, il ignore tout ; s’il doit se vouer aux lettres, s’il devient fonctionnaire, journaliste, député, quand aura-t-il le loisir d’acquérir ces