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Page:Coubertin - Notes sur l education publique, 1901.djvu/59

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la crise de l’enseignement secondaire

de conduite ? Nous les regardons, ceux-là, avec une sorte d’admiration mêlée de surprise, tant nous avons conscience des efforts qu’ils ont accomplis, de la longue marche qu’ils ont fournie. Le but atteint par eux est devenu, pour nous, le dernier mot de la philosophie, le terme suprême auquel il semble qu’une petite troupe fortunée ait seule le droit de viser.

Cette situation est étrange et nouvelle. Les sommets, évidemment, n’ont jamais été accessibles qu’aux privilégiés, mais ce n’était pas une raison pour que la conception de l’ordre qui y règne demeurât étrangère à ceux qui campent à mi-côte ou restent en bas, dans la plaine. Victor Hugo, imaginant de faire parler le temple grec, lui prête, par une audace heureuse, ces belles paroles :

Le peuple, en me voyant, comprend l’ordre et s’apaise.

Or, non seulement la foule ne saisit plus, rien qu’à le contempler, les lignes de l’édifice qu’a construit l’élite, mais on dirait que l’élite, en regardant son œuvre, se trouble et s’égare. Faut-il donc croire que les certitudes extérieures, en se multipliant, détruisent nécessairement une part de la certitude interne et que