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Page:Coubertin - Notes sur l education publique, 1901.djvu/58

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notes sur l’éducation publique

le nombre des idées toutes faites, le rôle exagéré du convenu. Il en résulte, dans le jugement naissant, une sorte d’encombrement qui l’empêche de s’exercer librement. C’est à cela du reste qu’il doit sa stabilité relative et son apparente sûreté. Si, par impossible, vous enleviez brusquement les a priori qui l’étayent, sa fragilité et son manque d’équilibre vous épouvanteraient.

Mais, dira-t-on, cela est normal. Comment les connaissances d’un bachelier ne seraient-elles pas émiettées ? Comment pourrait-il, novice dans la vie, juger de toutes choses par lui-même ? L’objection est spécieuse. S’il ne s’agissait que de lacunes pouvant être comblées par l’expérience, il n’y aurait pas lieu, en effet, de s’en inquiéter ou de s’en étonner. Mais tel n’est pas le cas. Ces lacunes subsistent et le plus souvent s’aggravent jusqu’à constituer d’infranchissables obstacles. Combien d’hommes, parmi les plus réfléchis et les plus indépendants, arrivent aujourd’hui à concevoir l’harmonie universelle, à déterminer le sens de leur vie, à trouver en eux-mêmes une règle