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Page:Coubertin - Notes sur l education publique, 1901.djvu/318

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notes sur l’éducation publique

sentent. Ce seul mot de privilégiés indique d’où vient l’obstacle à de pareils vœux. Chez tous les peuples qui ont invité solennellement la démocratie à s’asseoir à leur foyer au lieu de s’apercevoir tout à coup qu’elle s’était installée sans qu’ils le sussent, l’idée d’égalité est devenue une des pierres angulaires de la vie publique et notamment de l’éducation. Force est bien pourtant d’accepter, dès le collège, sinon le privilège qu’a créé l’homme, du moins celui qu’institue la nature. Parce que cet adolescent, en s’appliquant beaucoup, arrive à dessiner un œil ou à déchiffrer : « Ah ! vous dirai-je, maman ? », ce n’est pas une raison pour que son voisin, qui couvre les marges de son dictionnaire de rapides et vivantes silhouettes ou qui exécute d’oreille des fragments d’une symphonie de Beethoven, soit privé de suivre son instinct. Non seulement, en ne tenant pas compte de ces dispositions, vous retardez gratuitement son développement artistique, mais il y a quelque apparence que vous entraverez son développement général ; l’art n’est point du tout une dorure à superposer sur un objet terminé ; il fait partie de l’essence même de l’individu qui en éprouve les impulsions ; il peut le guider utilement dans tous ses progrès.