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Page:Coubertin - Notes sur l education publique, 1901.djvu/284

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notes sur l’éducation publique

des parents, séjours au loin — en un mot, imprévus et hasards de l’existence, qu’aucun degré de civilisation ne réussira jamais à diminuer. Cette même instabilité de la vie humaine engendre, parfois, des différences de niveau entre la situation qu’un homme arrive à occuper et l’instruction qu’il a reçue. Insuffisamment préparé à tirer de cette situation tout ce qu’elle comporte, on le voit alors, s’il est courageux, peiner pour acquérir les connaissances qui lui manquent et se mettre en mesure de pousser plus loin. Enfin, celui qui est parvenu au bout de ses ambitions et a posé le pied sur le palier qu’il voulait atteindre, s’illusionne en croyant s’y maintenir sans effort ultérieur. Non seulement, s’il ne prend pas soin de se tenir au courant, le mouvement général des découvertes et de la pensée le devance, mais par le seul fait de son inaction, une partie de ce qu’il avait gagné lui échappe ; et je ne veux pas dire que sa mémoire s’endort ou faiblit : cela est trop naturel ; le phénomène est prévu et un homme n’est point diminué parce qu’ont fui de son cerveau quantité des mots et des faits dont on l’avait bourré. Je parle de l’intelligence : elle s’atrophie aussi bien que la mémoire, d’une façon plus irrémédiable et si graduellement que