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Page:Coubertin - Notes sur l education publique, 1901.djvu/282

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notes sur l’éducation publique

sissait à s’emparer de l’université moderne, qu’y produirait-il ? Il la désagrégerait très probablement ; en admettant que l’esprit de corps ait pu résister aux luttes acharnées par lesquelles il aurait fallu passer, avant qu’une doctrine aussi radicale, aussi subversive fût acceptée par tous, l’équilibre intellectuel se trouverait bientôt rompu : j’entends par là ce mutuel respect qui doit exister entre les diverses Facultés d’une même Université et qu’entretiennent, loin de le diminuer, les courtoises rivalités des professeurs et jusqu’aux jalousies juvéniles des étudiants. Or, sans être injuste envers le socialisme, il est permis de dire qu’il affiche, partout, une préférence non équivoque pour les sciences exactes, une dédaigneuse indifférence pour la littérature et les arts et qu’il professe fort peu de respect pour la vérité historique : en un mot, il se montre utilitaire au premier chef, ce qui est compréhensible, étant donnés son but et ses tendances. Peut-être, cela n’est-il pas de son essence et nos descendants verront-ils à l’œuvre des socialistes lettrés et tolérants ; cette perspective, en tous les cas, dépasse notre rayon visuel et tel qu’il se présente à nous, le socialisme apparaît comme l’adversaire le plus redoutable de l’enseignement supérieur.