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Page:Coubertin - Notes sur l education publique, 1901.djvu/260

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notes sur l’éducation publique

La Patrie est, à l’inverse, quelque chose de précis, de limité, de presque tangible ; seulement, ses rapports avec la morale sont indirects et insuffisants. La Patrie réclame de ses enfants le dévouement, l’abnégation, le courage ; elle est intéressée à ce que leur travail soit vigoureux et persévérant, mais il faut quelque culture et surtout quelque expérience de la vie pour saisir la relation entre les vertus civiques et les vertus privées, entre la pureté des mœurs et la résistance nationale, entre l’honnêteté des citoyens et la prospérité de l’État ; le lien, si réel soit-il, n’apparaît pas clairement. Matthew Arnold, fils du célèbre éducateur anglais et lui-même adonné à la pédagogie, a conté la surprise qu’il éprouva naguère en visitant les écoles primaires de Paris, où la troisième République venait d’inaugurer l’enseignement civique. « À qui, demandait le maître à un tout jeune écolier, devons-nous cette classe bien aménagée, ces bancs, ces livres, ces cartes ?… » Et l’enfant de répondre : « À la Patrie. » On aperçoit les tendances collectives — on pourrait presque dire : collectivistes — d’un tel enseignement, mais non pas sa signification morale.

L’idée d’Humanité est vaste comme l’idée