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Page:Coubertin - Notes sur l education publique, 1901.djvu/255

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l’enseignement moral

travaille, inconsciemment, à en devenir l’auxiliaire libre et intelligente ; indépendante, elle tend à se créer à elle-même son propre culte. Jusqu’ici, deux familles catholiques — orthodoxes — luthériennes… ne différaient guère entre elles que par la ferveur plus ou moins grande de leurs pratiques ; maintenant, elles sont encore liées par la communauté d’un même langage, par l’emploi des mêmes formules, mais ce langage, ces formules interprètent des sentiments moins uniformes ; les croyances se raisonnent : on les envisage sous des angles dont le milieu, les influences extérieures, les études personnelles, contribuent presque autant que la race et la tradition à déterminer le nombre de degrés. Il semble que, sous ce rapport, nous retournions à l’antique conception des Dieux Lares, à cette religion domestique qui, sans doute, varia grandement selon la hauteur morale à laquelle le père de famille sut l’élever. Un individualisme familial, si l’on peut accoler ces deux mots, se développe sous nos yeux. L’homme et la femme qui ont créé un foyer fécond, ne se composent point une liturgie particulière et n’édifient point un oratoire privé au fond de leur demeure ; mais il n’est pas si rare qu’ils s’efforcent de se mettre d’accord sur les