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Page:Coubertin - Notes sur l education publique, 1901.djvu/154

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notes sur l’éducation publique

core à l’activité humaine des perspectives indéfinies, où les croisades ayant pris fin et l’Amérique n’étant point découverte, l’Europe vivait un peu repliée sur elle-même, l’Église redoutait par-dessus tout l’orgueil de la vie parce qu’elle voyait en lui un dangereux précurseur de l’indépendance de la pensée.

Elle ne le combattit point en prêchant l’ascétisme exalté d’un saint Antoine ou d’un saint Siméon Stylite, mais en répandant la doctrine ascétique adoucie, mise à la portée de tous. Elle inspira à l’homme autre chose que le mépris — la méfiance — de son corps. Elle montra ce corps, non seulement vil dans son origine, mais rempli de germes vicieux qui sont autant de pièges tendus à l’âme. Le prestige de l’Église, en ces siècles de foi, s’accroissait de tout l’art dépensé dans la construction de ses cathédrales, de toute la science amassée dans ses monastères. Sa parole fut trop entendue et détermina une sorte de déséquilibre de l’être humain, dont les lointaines conséquences se sont manifestées jusqu’à nous. Il y a telle lacune de nos lois, telle contradiction dans nos mœurs, telle bizarrerie de nos habitudes héréditaires qui n’ont pas d’autre cause que cette théorie de l’antagonisme forcé de l’âme et de la chair.