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Page:Coubertin - Notes sur l education publique, 1901.djvu/147

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le sport à travers les âges

vivre. Ils cherchent, comme des fumeurs d’opium, l’enivrement dont ils ont pris la poignante habitude ; mais cet enivrement est sain ; il est fait d’énergie, de santé, de rapidité, d’adresse, d’équilibre, de puissance vécue Beaucoup, peut-être, échapperaient à l’attirance, mais, dans la cité grecque, tout vise à réduire le nombre des dissidents et à rendre cette attirance plus générale et plus irrésistible. Le spectacle athlétique est le premier qui sollicite l’attention de l’enfant et le dernier qui fixe celle du vieillard ; il est, pour l’un, le symbole des promesses de la vie, pour l’autre le gage de la continuité de la race. Le génie sous ses formes variées, le culte et ses pompes prestigieuses, concourent à en rehausser l’éclat. Comment, encadré et cultivé de la sorte, l’instinct sportif ne prendrait-il pas un développement inattendu et anormal ? Aussi quand il meurt, n’est-ce pas d’épuisement mais d’excès. L’enthousiasme des foules a fini par créer le professionnel, l’homme qui y donne toute son existence, y sacrifie au besoin sa santé et en retour se procure la richesse et une gloire de mauvais aloi. Avec le temps, cet homme-là deviendra le gladiateur, l’athlète de décadence légué par la Grèce vaincue à l’empire romain, son vainqueur.