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Page:Coubertin - Notes sur l education publique, 1901.djvu/122

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notes sur l’éducation publique

sommes par les enduits dont Louis xiv et ses collaborateurs ont badigeonné l’Europe : l’enduit classique dont s’est vêtue, plus ou moins maladroitement, la pensée internationale et l’enduit du Droit divin qui recouvrit toutes les façades gouvernementales. On vit alors ce que ni l’Orient ni l’hellénisme ni le monde romain n’avaient connu : une oligarchie de propriétaires couronnés entretenant les uns chez les autres des agents de parade et des agents secrets pour se duper ou conclure des marchés, administrant leurs domaines au mieux de leurs propres intérêts et de ceux de leur famille, réglant toutes choses et jusqu’au commerce de leurs sujets, soit directement dans leur cabinet, soit indirectement par leurs intendants, se cédant et se rétrocédant des provinces et des royaumes entiers, sans égard pour les habitants et sans la moindre notion de la nationalité. La Révolution française ne mit pas fin à ces usages : comme Louis xiv, elle voulut plâtrer les esprits et les États. Mais bien que poursuivies pendant plus d’un siècle et demi, ces tentatives furent impuissantes à étouffer le sentiment national. « Il n’y a plus aujourd’hui de Français, d’Allemands, d’Espagnols, d’Anglais, écrivait Rousseau ; il n’y a plus que des Européens ; tous