Ouvrir le menu principal

Page:Coubertin - Lecons de gymnastique utilitaire, 1916.djvu/8

Cette page a été validée par deux contributeurs.
— 6 —

dire l’entraînement — pourra créer et maintenir. Chose étrange, la surprise dont nous parlons n’existe pas à un pareil degré même chez le nageur qui se trouve pourtant, lui, transporté sans transition dans un milieu hostile ; mais sa surprise est extérieure, celle du coureur est intérieure. Pour ce motif, il n’est pas nécessaire de nager tous les jours pour en demeurer capable tandis qu’il faut courir presque tous les jours si l’on ne veut point se rouiller de façon prompte et définitive.

Vous entendez bien que la course d’entraînement dont il s’agit n’a besoin ni d’être mesurée ni d’être chronométrée et que n’importe quel terrain plat et suffisamment élastique conviendra. L’occasion de courir nous est offerte par conséquent avec une certaine abondance. Il n’y faudrait qu’un peu de résolution si… il n’y avait pas le respect humain. C’est ce Cerbère farouche qui nous interdit sottement, parce que nous avons un ventre qui grossit ou que nos cheveux commencent à grisonner, de traverser au pas de course le jardin public à moitié vide de promeneurs qui s’ouvre sur notre route. En attendant donc que cela devienne la mode pour tous, que les hommes encore jeunes s’essayent du moins à implanter un usage salutaire.

Ils ne s’en repentiront pas. Le temps de course quotidien, c’est une provision d’aisance physique et de confiance morale. C’est ainsi, de la santé sous ses deux formes fondamentales.

Que si vous avez à votre disposition un jardin abrité, non du soleil, mais des regards indiscrets, ne continuez pas, de grâce, à ignorer votre bonheur. Fortunatos nimium sua si bona norint ! Descendez-y bien vite pour la course matinale. Prendre son bain d’air en courant, quelle douce volupté !

Celui qui agit ainsi est certain de trouver le long du jour les soucis moins pesants et les labeurs moins compliqués… sans compter la satisfaction d’attraper les tramways sans essoufflement ni ridicule.



LE SAUT

Il existe une grande quantité de modalités différentes en cette matière et les Anglais, en imposant à l’univers sous le nom d’« athletic sports » certaines preuves fondamentales au programme desquelles aucun club respectable n’oserait rien changer, ont cristallisé assez fâcheusement la routine du saut. Sauts en hauteur avec et sans élan, sauts en longueur avec et sans élan, saut à la perche… c’est tout. Cette nomenclature insuffisante appelle quelques réflexions.