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Page:Coubertin - Lecons de gymnastique utilitaire, 1916.djvu/34

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courbe de montée rapide et de descente lente. Sa présence est inutile à l’attaque, nuisible au dégagement. L’attaque ne veut que de la franchise et de l’équilibre sans mollesse comme sans brusquerie. C’est à ce moment que la « machine » se trouve en plein fonctionnement et que la bonne entente des bras, des reins et des jambes doit produire ses effets dans l’ordre voulu. La force toujours harmonieusement distribuée décline alors de façon à permettre un dégagement léger et rapide. L’homme est prêt pour le retour agile et souple à la position d’attaque. C’est ce « retour » qui établira le rythme et assurera le rendement d’ensemble.

Par cette analyse esquissée, on peut se rendre compte de la grande valeur du sport de l’aviron et du rôle tout à fait prépondérant qu’il devrait jouer en culture corporelle raisonnée. Il a une autre caractéristique : le repos presque complet qu’il procure au système nerveux[1] Le rameur — une fois son automatisme bien établi et s’il est par ailleurs déchargé par la présence d’un barreur du soin de surveiller en se retournant sa propre route — le rameur n’a point à faire appel à ses nerfs ; hormis le cas de l’emballage final en course, la paix intérieure est en lui. Cette paix, il en jouit dans le cadre le plus reposant, dans l’air le plus pur, dans les conditions les plus saines. C’est pourquoi, lorsqu’il y a maintenant vingt-neuf ans, je résolus de travailler à « rebronzer la France » en introduisant les sports dans les lycées, l’aviron me parut, avec le football, l’exercice à encourager par excellence. Il en advint autrement ; les parents craignirent la dépense ; les chefs d’établissements eurent peur des responsabilités ; les Sociétés nautiques ne surent pas se mettre d’accord et les adeptes de la bicyclette et de la course à pied profitèrent à leur place de l’occasion favorable. Longtemps après, j’eus l’occasion de constater, en causant avec l’empereur Guillaume, que ce souverain, peu ami des sports, faisait une exception pour celui-là dont il pressentait la supériorité pédagogique.

Il me reste à indiquer comment on doit procéder avec le novice. Si j’avais à diriger à mon gré l’éducation nautique d’un jeune garçon, je commencerais par le faire ramer en couple sur une eau calme, dans une yole de mer à bancs fixes. Je le ferais ensuite ramer en pointe, successivement à tribord et à bâbord, avec un camarade, dans une yole de même type. Puis il aborderait, de nouveau en couple, le banc à coulisses. Et quand je

  1. C’est en considération de ce fait que, dans mes Essais de Psychologie sportive, j’ai indiqué le renfort que pouvait apporter l’aviron au traitement d’un grand nombre de neurasthéniques, auxquels il s’agit le plus souvent de rendre le sentiment viril et le goût de la force, sans avoir recours à leur influx nerveux, dont le réservoir semble s’être vidé momentanément.