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Page:Coubertin - Lecons de gymnastique utilitaire, 1916.djvu/24

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là ce qui fait l’intérêt du jiu-jitsu et en même temps l’empêche de se propager : l’assaut au jiu-jitsu est dangereux.

En attendant qu’une mise au point nécessaire nous ait donné le code de la véritable lutte utilitaire servant de couronnement à la science et à la préparation du boxeur, il convient que chacun profite des occasions favorables pour s’instruire dans les passes principales de la lutte telle qu’on l’enseigne de nos jours et qu’il se rende familières quelques-unes de ces « japoneries » qui n’étaient pas inconnues de l’hémisphère occidental, mais que les Asiatiques ont su porter par la perfection du détail à un haut degré d’efficacité.



LE TIR

À de rares exceptions près, le tireur ne s’improvise pas ; et c’est pourquoi il est si nécessaire à un homme de trouver à sa portée ce qu’il lui faut pour devenir bon tireur. Cela est plus nécessaire encore à la nation. À l’heure où j’écris, quel pays n’en est pas convaincu et quel pays hésitera désormais devant les sacrifices qui prépareront ses citoyens à leur rôle de soldats éventuels ? En ce qui nous concerne, en France, nous avons commis une lourde faute en ne sachant pas, en temps voulu, choisir entre deux solutions : ou bien instituer un enseignement du tir, obligatoire, dépendant directement des pouvoirs publics et organisé par leurs soins, ou bien encourager — mais alors puissamment et sans regarder à la dépense — les sociétés privées qui s’offraient à distribuer le dit enseignement. Une société de tir a besoin d’un stand, d’armes, de munitions, de personnel. Tout cela représente une mise de fonds qui ne peut s’effectuer sans le concours de l’État. Notez que le tir a ceci de très particulier qu’on peut le recommander à tout le monde : jeunes et vieux, forts et faibles, infirmes même, il n’est pas un homme, s’il a ses bras et ses yeux, qui ne puisse fréquenter le stand.

Est-ce un sport ? Peut-être que non. C’est un exercice viril, d’un ordre tout spécial, sur le caractère duquel il est inutile d’épiloguer, qui, au surplus, se mue en sport à l’occasion et forme en tous les cas le complément essentiel du sportif. Seulement, pourquoi ne pas abattre la cloison intempestive qui sépare le tireur à la cible du tireur au vol ? On nous dit bien que les deux éducations se nuisent l’une à l’autre ; cela n’est pas prouvé. Un champion du claybird shooting trouve sans doute préfé-