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Page:Coubertin - Lecons de gymnastique utilitaire, 1916.djvu/19

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certains qu’elle produit) sera de la sorte plus sûrement neutralisée.

On tombe à l’eau de trois façons, tout compte fait ; du bord ou bien d’une passerelle qui se rompt ou bien d’un bateau qui chavire. Rien n’est plus aisé que de produire artificiellement ces chutes. Imaginez une surface de bois blanc de 2 m. 50 de long sur 0 m. 80 de large, parfaitement lisse et savonnée d’ailleurs pour la rendre plus glissante. Elle bascule sur une tige de fer placée en dessus et presque au milieu. L’élève s’étend, le ventre sur la planche, les bras allongés au-dessus de la tête, les mains se joignant. A sa ceinture est attachée une corde que tient l’instructeur. Celui-ci saisit l’extrémité de la planche et la fait basculer prestement, de sorte que l’élève, par double action de la pesanteur et du bois glissant, soit précipité dans l’eau. On peut répéter l’expérience sur le dos. Les premières fois, la corde sera tendue rapidement de façon que le plongeur prenne confiance. Peu à peu, on le laissera remonter de lui-même en le soutenant à peine. On le fera émerger parmi des bouées dont il se saisira. Car pour tirer avantage d’une bouée, il convient d’avoir aussi appris à s’en servir.

C’est que, pour l’homme, rien de ce qui se passe dans l’eau n’est simple. La physique et ses lois habituelles s’y transforment, dirait-on. La mécanique diffère ; les résistances sont inattendues, les appréciations erronées… en somme, toute une éducation des sens à refaire.

Nous venons de décrire un appareil simpliste que chacun peut se procurer. Il n’est pas beaucoup plus ardu de confectionner une passerelle qui cédera en son milieu sous le poids du passant, ni de faire chavirer ou couler à point nommé une embarcation avec celui qui la monte. Avant d’oser aller chercher un objet en plongeant, quoi de plus naturel que de s’accoutumer à gagner le fond en descendant les marches d’un escalier ou en se laissant glisser le long d’une perche ?… Et puis encore, on s’exerce à se déshabiller dans l’eau, à tirer ou à pousser un fardeau.

Pour tout cela, ayez un « costume de bain ». Par là, nous entendons les vieux vêtements auxquels sera réservée cette utile et honorable fin de carrière. Et plus ils seront lourds, épais et malcommodes, plus la leçon portera ses fruits.

Certes, de tels procédés ne forment point un nageur, mais ils le préparent. Ils lui procurent, en attendant, cet esprit de débrouillage, ce sang-froid, cette accoutumance aux surprises d’un élément perfide que la brasse la plus esthétique ne saurait remplacer. On se persuade trop volontiers que des mouvements