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Page:Coubertin - L’Éducation des adolescents au XXe siècle, Volume II.djvu/33

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préambule

se révèle à tous ceux qui la regardent. On s’en pénètre plus ou moins mais la conception qu’on en a du rivage est juste. Au contraire pour connaître la montagne, il faut en atteindre le sommet car la vue qu’on en a d’en bas est essentiellement trompeuse. Or le sommet demeure inaccessible au plus grand nombre. Autre opposition plus importante encore : la culture littéraire est tissée d’humanité ; la culture scientifique, de surhumanité. Ce qui compose l’une, c’est l’addition de tous les efforts des hommes depuis l’origine de la civilisation : ce qui compose l’autre, c’est une série de vérités abstraites ; elles sont et apparemment elles ne peuvent pas ne pas être mais toujours le pourquoi et bien souvent le comment nous en échappent. Aussi s’explique t-on que des sociétés très raffinées, très avancées, très intellectuelles aient pu vivre et durer presque sans science, mais conçoit-on comme non viable une société uniquement scientifique et privée de culture littéraire. Sans doute une semblable société n’a jamais existé. Pourrait-on la mettre debout ? Certains en tous cas sont en route pour tenter l’expérience. Penchez-vous sur les milieux uniquement imprégnés de culture scientifique et vous aurez le vertige à