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Page:Coubertin - L’Éducation des adolescents au XXe siècle, Volume I.djvu/104

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la peur

sait soudain avec une telle intensité qu’elle risquait de paralyser leurs mouvements — et des rameurs que l’image renversée des grands arbres de la rive et le vide immense du ciel, réfléchi par le miroir de l’eau, troublaient parfois au point de compromettre leur équilibre et de détruire leur rythme.

La phobie est un égarement tout physique tandis que la poltronnerie s’accompagne d’une défaillance morale.

Il y a encore la peur mécanique. Celle-là, très fréquente dans les sports, n’a point d’action directe sur le caractère mais elle entrave le perfectionnement du sujet et peut, en se développant, le faire progresser à rebours et, finalement, le dégoûter de l’exercice.

Ne la confondons pas avec ces reculs instinctifs que provoque la brusque notion d’une menace inattendue. Nous ne sommes pas maîtres du clignement de nos paupières devant un acier qui scintille, ni de ce léger frisson de la chair qui inspirait à Turenne sa sublime apostrophe : « Tu trembles, carcasse !… »

La peur mécanique est un phénomène tout à fait local. Les muscles, comme nous le dirons tout à l’heure, sont doués d’une mémoire très