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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/89

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louis xiv et son siècle

et qu’aussi bien l’Angleterre était une puissance insulariste qui ne devait ni se dépenser ni se compromettre pour l’avantage des continentaux. Quelques-uns de ces principes pénétrèrent également l’âme hollandaise.

vii

L’Italie déchue s’était consolée en inventant l’opéra. Dès le début du xviime siècle, on avait inauguré à Florence la « musique récitative » c’est-à-dire des représentations en musique où « chacun des personnages chantait suivant les sentiments qu’il devait exprimer ». Tout de suite un grand musicien, Monteverde avait fait sienne cette idée et en 1607 Mantoue écoutait un véritable opéra « Orphée et Eurydice ». L’innovation fit fureur. La nation en fut transportée. La musique d’église elle-même subit le contrecoup. L’« oratorio » y pénétra. Par ailleurs l’intellectualisme participa à la décadence générale. Florence jeta un dernier éclat grâce à Galilée puis s’effaça sous le règne du grand duc Cosme iii (1670-1723) bigot et dissolu. De même Venise à qui le doge Morosini rendit momentanément par ses victoires sur les Ottomans une belle situation méditerranéenne. Gênes ne possédait plus que la Corse et une étroite bande de l’ancien littoral ligure. Le pape Innocent xi (1676-1689), austère et dur, tint en tutelle ses États qu’il débarrassa du moins de la plaie du népotisme. Le joug espagnol laissait le Milanais et le royaume de Naples également misérables. Milan avait perdu le tiers de sa population. Seule la Sicile gardait encore la force d’organiser des insurrections ; Palerme en 1647, Messine en 1674 s’étaient vainement soulevées. Les Espagnols avaient fait tant de mal et si peu de bien qu’on voyait venir avec satisfaction les Autrichiens que la paix d’Utrecht leur substituait en Italie. Mais cette même paix accordait au duc de Savoie le titre de roi. Charles Emmanuel ii, et Victor Amédée ii qui lui avait succédé en 1675 avaient su manœuvrer au milieu des écueils, mêlant l’énergie et la souplesse et toujours avisés dans leurs desseins. Le Piémont et la cour de Turin dorénavant, incarneraient l’avenir national.

Rien d’analogue en Espagne. Aucune pierre d’attente n’y semblait disposée pour des constructions futures. Le xviime siècle ne représente pour elle qu’une descente continue. Philippe ii (1559-1598) l’avait laissée pourtant en passe de puissance compromise mais restaurable. Une légende pèse sur