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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/81

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louis xiv et son siècle

et Polyeucte ; Descartes donne le Discours de la méthode. Milton prépare le Paradis perdu. Rubens, Galilée, Van Dyck, Lope de Vega disparaissent tandis que Leibnitz et Newton viennent au monde. Murillo se fixe à Séville ; Mansart commence d’édifier le Val-de-grâce ; Rembrandt peint la « ronde de nuit » et Velasquez la « forge de Vulcain ». Voilà beaucoup d’effluves de radium mental qui sont en mouvement et ne se concentrent ni dans un pays ni autour d’une école. Ainsi l’heure est pleine non seulement de promesses mais de réalités déjà magnifiques. Lorsque, vingt ans plus tard, Louis xiv inaugure son règne personnel, une équipe se tient autour de lui dont Racine, Boileau, Molière, Lafontaine sont les chefs. Bientôt vont s’affirmer Bossuet, Malebranche, La Rochefoucauld, La Bruyère, madame de Sévigné quelle variété de germes et de talents ! Du moins il y paraît. En fait, cette génération témoigne d’une remarquable unité. Elle est en rapports étroits avec les édifices de Mansart et les jardins de Le Nôtre. Chaque manifestation, qu’elle soit artistique ou littéraire, est imprégnée de caractères similaires. On perçoit partout la même aspiration vers la pensée claire et la forme châtiée, le même souci d’ordre équilibré, le même besoin d’agir sur autrui et d’en être compris. Cela est très français ; sans doute ce n’est pas toute la France mais c’est partie essentielle de son génie. Des quatre éléments qu’on y distingue et qui correspondent curieusement aux périodes historiques, deux sont absents. Le rêve mélancolique des Celtes est momentanément oublié, le romantisme empanaché des Valois est comme tenu à distance mais les deux autres sont là ; d’une part le vieux bon sens capétien, de l’autre la tendance indéracinable aux belles ordonnances romaines.

Ce sont celles-là qui dominent et on en fait l’application au langage avec bien plus de succès — parce qu’avec bien plus de sève et d’indépendance — qu’aux temps gallo-romains. La rhétorique d’alors ne fournissait guère qu’une formule anguleuse. Sous Louis xiv la matière abonde pour en faire application et la formule s’humanise à l’usage. Le choix des mots, le dessin de la phrase, l’architecture du discours prennent une importance directe et, sans nuire aux idées, cherchent à les encadrer avec splendeur. Il n’en résulte pas de verbiage. « Il est malaisé de parler beaucoup sans dire quelque chose de trop », ainsi s’exprime le roi lui-même. Quant aux idées, elles ne s’élèvent peut-être pas très haut ; de même le sens artistique est loin d’être aussi parfait que nous nous l’imaginons. Il advient en effet qu’à