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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/78

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histoire universelle

Certes en 1667 la puissance espagnole était singulièrement réduite. Depuis la mort de Philippe ii (1598) elle n’avait cessé de décroître. L’avorton rachitique et scrofuleux qui, sous le nom de Charles ii venait d’hériter du trône ne semblait devoir l’occuper que quelques mois. Nul ne prévoyait qu’il dût se maintenir trente cinq ans (1665-1700) tenant ainsi en suspens sur l’Europe le problème angoissant de sa succession. De ce problème la France ne pouvait se désintéresser. Charles ii n’avait pour héritiers que les enfants de ses deux demi-sœurs mariées l’aînée à Louis xiv, la cadette à l’empereur allemand Léopold ier. Pouvait-on permettre qu’une seconde fois l’Espagne se trouvât liée à l’Allemagne impériale ? Que de malheurs cette union, réalisée sous Charles-Quint, n’avait-elle pas causés ? Si désorganisée que fut la monarchie espagnole, ne continuait-elle pas d’ailleurs de détenir la Belgique, la Franche-comté, une partie de l’Italie sans parler des vastes domaines transatlantiques qui mal administrés, représentaient néanmoins une grande force éventuelle ? Ainsi, belliqueux ou non, Louis xiv était dans l’obligation de guerroyer contre elle. Il lui fallait de toute nécessité assurer la frontière française du nord, réannexer la Franche-comté et empêcher une dynastie allemande de s’implanter à Madrid. Le traité dit des Pyrénées signé par Mazarin en 1659 n’avait été qu’une trêve pour permettre à la France de se refaire mais l’habile et prévoyant ministre qui l’avait négocié avait par ailleurs ménagé à Louis xiv une situation européenne des plus avantageuses en faisant de lui le protecteur attitré des petites nations et de son trône, comme la pierre angulaire de cet équilibre international dont la paix de Westphalie avait posé les premières assises.

Cette situation se trouva rapidement retournée. De protecteur on vit que le roi de France se préparait à devenir oppresseur. Bientôt au lieu de présider des coalitions défensives comme cette « alliance du Rhin », ligue des princes allemands ingénieusement érigée en 1658 et qui servait de contrepoids à l’empire, Louis xiv vit se lever devant lui des coalitions hostiles et guerrières. En s’attaquant à la Hollande (1672), il commit la faute qui devait plus tard conduire Napoléon en Russie. Ce fut là une entreprise de potentat orgueilleux. Les intérêts français y étaient diamétralement opposés. La confiance et l’amitié du peuple hollandais, rival commercial des Anglais et ennemi territorial des Espagnols, importaient à la France plus que le concours de n’importe quel autre peuple. Mais républicain et protestant, celui-là aux regards