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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/74

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histoire universelle

« libertés de l’Église gallicane » et dans celle bien autrement grave de la révocation de l’édit de Nantes.

De ces libertés on disputait depuis longtemps. Libertés à l’égard du pape, elles consistaient principalement en servitudes à l’égard du roi. Ce n’est pas là du reste ce qui intéressait Louis xiv. Il ne tenait pas à la servitude car il y avait en lui un fonds de tolérance individuelle assez prononcé mais il tenait à l’uniformité. Qu’une partie de ses sujets — et non des moindres, le clergé — eût à prendre un point d’appui hors du royaume et en marge de sa propre autorité lui paraissait contraire à la logique et à l’ordre. Dès 1662 il saisit les occasions de chercher noise au Saint-siège. Des incidents successifs conduisirent enfin à la fameuse Déclaration de 1682 rédigée par Bossuet un peu malgré lui et qui posait nettement les bases d’un schisme prochain[1]. Le Parlement s’empressa de l’endosser. Le conflit passa bientôt à l’état aigu. En 1688 trente cinq églises cathédrales se trouvèrent sans pasteurs, le roi ne désignant que des signataires de la Déclaration auxquels non moins obstinément le pape refusait l’institution canonique. En 1693 Louis xiv se sentit dans l’obligation de faire des concessions. Il s’y résigna malaisément et dans la forme la plus discrète possible. Mais il ne renonça pas pour cela aux principes qui avaient provoqué la controverse.

Dans l’intervalle était intervenue la révocation de l’édit de Nantes (1685) : Tout a été dit sur cette mesure, l’une des pires qu’un chef d’État put prendre. Car si sous le gouvernement de Richelieu, le protestantisme, parti politique puissant et turbulent, avait été un danger, l’aventure de la Rochelle s’était terminée de telle sorte qu’un tel danger n’existait plus. Les douze cent mille protestants de France comptaient désormais parmi les plus fidèles sujets du roi et les plus travailleurs. Ils représentaient environ le douzième de la population générale. Répartis principalement en Languedoc, en Dauphiné, en Saintonge et en Normandie, ils s’adonnaient pour la plupart à l’industrie, au commerce ou à l’agriculture. Sous Mazarin ils avaient joui d’une complète liberté. Le cardinal les appréciait grandement et

  1. La Déclaration remettait notamment en honneur le principe de la subordination pontificale aux conciles œcuméniques. C’est en échange de l’abandon de cette controverse que lors du concordat de 1516 conclu entre François ier et Léon x, le pape avait reconnu au roi le droit de nommer les évêques ; privilège considérable qui donnait la mesure du prix attaché par le Saint-siège à ce qu’on ne parlât plus de la suprématie des conciles. C’est à partir du dit concordat que le clergé français tendit à devenir un corps de fonctionnaires.