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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/69

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louis xiv et son siècle

deux ans et se montrait fort occupé de mondanités et enclin aux aventures romanesques. Quelle apparence y avait-il qu’il trouvât le temps de remplir une pareille tâche en admettant qu’il possédât les capacités nécessaires. Mais le peuple — le quatrième État — approuva et prit confiance.

Les Français avaient passé depuis cent cinquante ans par d’amères déceptions concernant les rouages de leur activité collective. Les unes après les autres, leurs institutions s’étaient révélées impuissantes à leur assurer l’ordre et la paix. Depuis longtemps on avait dû renoncer à faire des États-généraux une assemblée régulière de contrôle mais ils apparaissaient encore comme un remède suprême et efficace dans les crises de la vie nationale. Après l’expérience de 1614 pouvait-on continuer de les envisager tels ? Plus récemment les troubles de la « fronde » avaient mis en relief la corruption et l’inconscience de la noblesse. Ces troubles, dégagés des anecdotes qui les enluminent ne sont que la répétition de tant de mouvements révolutionnaires par lesquels les « sans-patrie » de l’aristocratie avaient naguère risqué de démembrer la France pour satisfaire leurs appétits personnels. Nous avons vu, pendant la guerre de cent ans, leurs ancêtres « se tourner anglais » avec une désinvolture frisant le cynisme. Pendant les guerres de religion de pareilles volte-faces s’étaient souvent opérées sous le masque des scrupules de conscience. Sous Henri iv les ducs de Bouillon, de Mayence, d’Épernon et surtout le maréchal de Biron avaient entretenu ces regrettables traditions. Si Richelieu, par la sévérité de châtiments exemplaires, avait ensuite réussi à y mettre un terme, il était certain que l’avènement d’un roi-enfant et la longue régence d’une princesse étrangère inciteraient les sans-patrie à renouveler leurs coupables entreprises. Effectivement on les vit s’allier aux Espagnols et aux Allemands, leur ouvrir les frontières, leur livrer des places fortes. Le duc de la Rochefoucauld en Poitou, le duc de Bouillon en Limousin, la duchesse de Longueville en Normandie, le comte d’Alais en Provence, le duc de Rohan en Anjou et bien d’autres avec eux se démenèrent pour organiser la rébellion tandis que le prince de Condé aidait l’archiduc Léopold à pénétrer en Picardie et que Turenne lui-même s’oubliait jusqu’à coopérer avec les troupes ennemies. Parmis ces révoltés, beaucoup étaient braves et certains avaient l’étoffe de grands capitaines. Tout à l’aube du règne, Condé n’avait-il pas remporté à Rocroi une victoire illustre sur ces mêmes Espagnols au profit