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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/66

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histoire universelle

En regard de ces tragédies somptueuses, bien pauvres et incolores apparaissent en ce temps-là les annales de la partie septentrionale du nouveau monde. Les diverses tribus « peaux-rouges » s’en partageaient l’immensité. Au moment où, par une fantaisie du sort, le nouveau monde lui-même allait recevoir la dénomination d’Amérique du nom d’un homme qui ne l’avait point découvert, ces tribus s’en voyaient définitivement attribuer une qui consacrait l’erreur de Colomb croyant avoir abordé aux Indes orientales. Ce terme d’Indiens s’est imposé par un long usage ; il n’est permis de s’en servir qu’après en avoir signalé l’absurdité. Plutôt que de classer les Indiens de l’Amérique du nord d’après leurs dialectes, en groupes discutables, mieux vaut les diviser selon le rôle qui allait leur être dévolu en face de la colonisation blanche. On distingue alors : les Pueblos répandus principalement dans l’Arizona et les États voisins et qui s’effritèrent rapidement au contact de l’étranger — les Indiens de Floride, Seminoles, Cherokees, Choctaws, Cricqs[1]… qui occupaient la région s’étendant du golfe du Mexique au Tennessee et alternaient volontiers la vie nomade et la vie sédentaire — les Dakotas qui demeurèrent jusqu’au bout cruels et intraitables — enfin les Indiens de l’est, deux cent mille environ, formés en deux confédérations rivales, celle des Algonquins et celle des Iroquois. De 1500 à 1600 la puissance des Algonquins fut considérable : les Iroquois étaient comme encerclés par eux. Puis leur astre décrut. Les deux groupes devenus à peu près d’égale force allaient trouver dans le duel anglo-français des xviime et xviiime siècles l’occasion de s’affronter pour le plus grand dommage de leurs intérêts communs.

Au début du xviime siècle, le « péril blanc » n’était encore de nature à alarmer personne. Les Espagnols avaient fondé en Floride de modestes établissements. Des huguenots français inspirés par l’amiral de Coligny avaient de 1562 à 1565, tenté de s’installer au nord de la Floride, baptisant leur colonie naissante Caroline en l’honneur du roi Charles ix. Mais les Espagnols

  1. Leur destin fut différent. C’est ainsi que la résistance armée des Seminoles se prolongea jusqu’en 1840. Ils n’étaient plus que quelques milliers. Les Cherokees au contraire se civilisèrent. À la fin du xixme siècle, il en restait environ vingt-trois mille dont les trois quarts parlaient l’anglais et plus de la moitié savaient lire. Ils possédaient une soixantaine d’églises et soixante-quinze écoles.