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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/65

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le nouveau monde

trois la conquête du Pérou. Ils réunirent quelques deux cent cinquante hommes dont une soixantaine de cavaliers. Et le 15 novembre 1533, Pizarre entrait dans Cuzco les mains déjà souillées, hélas ! par de nombreux crimes. Dix-huit mois plus tard était fondée la ville de Lima tandis que bien loin de là, de l’autre côté du continent gigantesque, Mendoza campait sur le lieu où s’élèverait Buenos Ayres. Les explorations audacieuses se multipliaient. Benalcazar fondait Guayaquil et traversait le territoire de la Colombie actuelle. Quesada remontait le Magdalena et franchissait les Andes. Le Napo et l’Amazone, l’Orénoque jusqu’au Meta, le haut Pérou jusqu’au Gran Chaco étaient explorés. Assuncion était fondée puis Bogota (1538) La Paz, Santiago de Chili (1541) et bientôt Caracas et Rio de Janeiro. Ainsi il n’y avait pas cinquante ans que l’existence de ces régions avait été révélée aux européens et des dix capitales actuelles des États sud-américains, il en existait neuf : non point posées toutes au bord de la mer sur des ports naturels mais à mille kilomètres dans l’intérieur comme Assucion ou bien à quatre mille mètres d’altitude comme La Paz. Des monts, des fleuves, des forêts de dimensions terrifiantes avaient commencé de livrer leurs secrets, des espaces dans lesquels s’enfermeraient deux Europes avaient été parcourus. Pourquoi fallait-il qu’une si noble épopée, tout à la gloire de l’Espagne laissât derrière elle une pareille traînée de sang et de misères ! C’est qu’elle était écrite par des hommes qu’animait « un furieux besoin de s’enrichir » ; l’or par sa seule présence les affolait tant ils s’étaient par avance grisés du désir qu’ils en avaient. Non moins regrettables furent les destructions auxquelles ils se livrèrent par fanatisme et zèle iconoclaste. À jamais perdues pour la science d’inestimables sources de connaissances ont disparu sous les ruines de Tenochtitlan[1] et de Cuzco.

  1. La description de cette ville telle qu’elle figure dans une lettre de Fernand Cortez à l’empereur Charles-Quint, datée du 30 octobre 1520 est à rapprocher du récit de Platon concernant la capitale de l’Atlantide encore qu’on n’en puisse bien entendu rien inférer de décisif. Les chroniqueurs se sont souvent demandé ce qu’il fallait penser des descriptions enthousiastes des conquérants espagnols. Il y a lieu de les croire sincères mais non absolument véridiques. Les séductions de la nature, l’aspect prestigieux des grandes cités américaines et de l’ordre qui y régnait durent émouvoir fortement des hommes récemment échappés aux angoisses et aux privations de pénibles et longs voyages. Mais surtout le reflet de l’or qu’ils voyaient en abondance les éblouit et magnifia toutes choses à leurs yeux.