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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/59

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le nouveau monde

ronde, la péninsule ibérique avait en face d’elle de l’autre côté de l’océan le grand royaume appelé Chine et le richissime Cipangu (Japon). Dans le même temps, Christophe Colomb fils d’un modeste tisserand de Gênes se trouvait à Lisbonne où la passion de la géographie et de la navigation l’avait conduit. Il n’y avait pas si longtemps qu’Henri « le navigateur » était mort. Or ce prince, par ses initiatives heureuses, avait suscité en Europe occidentale un courant d’activité où se mêlaient l’esprit scientifique et la passion des aventures. Vers 1477 Christophe Colomb réussit à faire un voyage à l’archipel Ferœ ; sans doute visita-t-il l’Islande et il dut y recueillir quelques précisions concernant les exploits des anciens vikings et leurs découvertes. L’appui qui lui était marchandé à Lisbonne, il le trouva enfin en Espagne. Après maintes péripéties, Ferdinand et Isabelle consentirent à l’aider malgré qu’il exigeât d’eux des engagements singuliers. Il prétendait recevoir la promesse d’une vice-royauté héréditaire sur les terres qu’il viendrait à découvrir ainsi que le droit de prélever à son bénéfice une dîme sur les richesses produites par les dites terres. Des armateurs de Palos avisés et enthousiastes complétèrent les subsides versés par le trésor royal et c’est de ce petit port que, le 3 août 1492, cinglèrent vers le large les trois caravelles montées par une centaine d’hommes, dont le sillage allait ouvrir à l’univers de nouveaux destins. Après une relâche forcée aux Canaries et trente trois jours d’une monotone traversée, les explorateurs parvinrent aux îles Bahamas d’où leur chef gagna Cuba puis St-Domingue, de plus en plus surpris de ne rencontrer que des populations à demi sauvages vivant dans de pauvres huttes au lieu des palais qu’il s’était attendu à trouver — encore plus déçu peut-être de ne point apercevoir l’or à fleur de sol. Cette dernière déception pesait amèrement sur ses compagnons parmi lesquels s’était enracinée la vision d’un « Eldorado » dont, on ne sait pourquoi, la légende courait en Europe. L’or existait bien mais peu abondant et d’extraction difficile. On voulut obliger les indigènes à travailler aux mines. Ils résistèrent. Les nouveau-venus aigris les maltraitèrent cruellement. Pendant ce temps l’Espagne, charmée de voir ses horizons soudainement agrandis et des possessions nouvelles s’ajouter à son domaine territorial, envoyait des convois portant des gouverneurs, des juges, des moines convertisseurs : tout l’attirail d’une conquête organisée et d’un établissement définitif. Ces fonctionnaires débarquèrent en plein désordre, parmi des populations rendues tout de suite hostiles par les mauvais trai-