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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/57

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la guerre de trente ans et la paix de westphalie

émancipation complète de la Bohême. On en était encore loin. Seul le nouvel empereur Ferdinand iii (1637-1658) marquait un sincère désir de paix et se montrait prêt à des concessions raisonnables. Les négociations véritables s’ouvrirent en Westphalie : à Munster pour les puissances protestantes et à Osnabruck pour les puissances catholiques. Mazarin désigné par Richelieu lui avait succédé. L’Europe se trouvait dans un état de grande agitation. On se battait partout. Les Suédois étaient maintenant en guerre avec le Danemark, Venise avec les Ottomans. La révolution anglaise prenait corps grâce à Olivier Cromwell. Paris voyait s’aggraver les troubles de la « fronde », ce qui n’empêchait pas les armées françaises au dehors de cueillir des lauriers fameux. Quant à l’Allemagne, son état d’épuisement défiait l’imagination. D’immenses étendues de pays devenues incultes et désertes, des villes ruinées, des villages abandonnés, une régression formidable du savoir et de la morale il fallait en finir.

Les traités qui composent la paix dite de Westphalie furent signés lentement, l’un après l’autre, au cours de l’année 1648, au bruit des canons de Turenne et de Condé qui appuyaient ainsi par d’ultimes victoires l’action des plénipotentiaires français. Il est difficile de s’exagérer l’importance des décisions prises. Et d’abord deux nations libres étaient reconnues : la Hollande et la Suisse ; par là triomphait le droit des peuples à vivre indépendants, principe nouveau contenant en germe une transformation de la morale politique européenne. Ensuite les trois religions catholique, luthérienne et calviniste étaient admises dans l’empire à égalité de traitement ; ce n’était pas encore la liberté de conscience avec ses conséquences complètes ; bien des étapes resteraient à franchir avant d’y atteindre ; mais on s’engageait dans une voie y conduisant fatalement. De plus, par le système d’échanges et de compensations adopté comme base de négociations par les divers gouvernements en cause se trouvait proclamée la nécessité d’un équilibre international pour garantir la paix ; et cela aussi constituait une bienfaisante nouveauté. Un tel équilibre ne se trouverait pas immédiatement réalisé assurément. Parmi les cessions consenties, celle de l’Alsace à la France s’appuyait sur des raisons géographiques, historiques et même ethniques ; celle d’une partie de la Poméranie, de la ville de