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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/51

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la guerre de trente ans et la paix de westphalie

à l’exercer ». Autour du trône les intrigues pullulaient. Le roi et sa mère avaient été tour à tour les jouets de favoris peu respectables. Un aventurier italien, Concini puis un petit gentilhomme provençal, d’Albert de Luynes créés l’un maréchal et l’autre connétable avaient joui et abusé d’un crédit surprenant. Sous couleur de religion les grands seigneurs étaient sans cesse en lutte les uns contre les autres. Prépondérante à la cour, l’influence des femmes ajoutait au désordre. La fameuse duchesse de Chevreuse y employait ses charmes et l’« hôtel de Rambouillet » centralisait les commérages pernicieux d’où sortaient volontiers des duels, des haines et des trahisons. De tout cela la France semblait absente. Où était-elle ? Sans doute aux côtés de ce bon prêtre dont l’Église a fait un saint, Vincent de Paul, le fondateur des sœurs de la Charité, de l’œuvre des enfants trouvés, de l’hospice des incurables, le créateur de tant d’institutions humanitaires… et aussi du médecin novateur, Théophraste Renaudot qui non content d’inaugurer les consultations gratuites, ouvrit un bureau de placement, imagina le Mont de piété et par surcroît fit paraître la Gazette, le premier-né des journaux politiques réguliers.

Aux États-généraux de 1614 une situation nouvelle s’était révélée. La noblesse et le clergé s’y étaient rencontrés avec un tiers-état qui, de l’ancien Tiers n’avait plus que le nom. Au lieu de comprendre comme cinquante ans plus tôt, « l’ensemble du peuple », il se composait uniquement de bourgeois enrichis. Nous avons noté comment s’était produit le déplacement de la richesse. On en voyait maintenant s’affirmer les conséquences. De l’esprit démocratique tant de fois manifesté aux précédentes réunions des États-généraux, il restait bien quelques traces mais cet esprit se satisfaisait en discours isolés et n’avait plus la puissance suffisante pour inspirer un ensemble de réformes cohérent et vivant. L’assemblée de 1614 qui devait être la dernière avant la révolution témoigna de l’effritement profond de la société française. Il n’y avait plus trois ordres dans l’État mais quatre. Le quatrième — le peuple — privé de tous droits de contrôle et tenu à l’écart n’allait plus avoir pour se protéger contre la tyrannie des trois autres que la ressource d’aider le roi à rendre son pouvoir de plus en plus absolu. Richelieu eût pu barrer la route à ces tendances et remettre la France d’aplomb en restaurant les anciennes institutions ; elles pouvaient encore revivre. Mais à défaut de conviction démocratique, il eût fallu que l’indéniable clairvoyance de Richelieu s’appuyât sur une