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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/43

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henri iv de france ; élisabeth d’angleterre

démocraties « à l’image des Suisses ». Les voisins, le roi d’Espagne, la reine d’Angleterre, le duc de Savoie épient ces symptômes avec l’intention d’en profiter. Il y a de plus une agitation corporative qui n’est pas sans danger. La corporation est devenue tyrannique. La paix sociale de l’âge antérieur tend à s’évaporer. Les corps de métiers se sont hiérarchisés et bataillent contre les « compagnonnages », sociétés ouvrières clandestines qui souhaiteraient la liberté du travail. Ajoutons les famines qui font beaucoup de victimes, les épidémies qui sévissent périodiquement Tant de malheurs ne sont pas sans influence sur les manières et les mœurs. Aussi un diplomate vénitien qui avait connu les Français « probes et civils » déplore-t-il que la « vue du sang » ait rendu la population du royaume « rusée, grossière et sauvage ».

Henri iv commence par guerroyer avec plus de séduisante bravoure que d’habileté stratégique. Mais bien vite il se rend compte que par les armes il n’arrivera à rien. Le voilà homme d’affaires. Il calcule chaque geste mettant en regard de la dépense ce qu’elle rapportera. Les chefs de l’aristocratie sont à vendre ; il les achète appréciant l’avantage de les ruiner ainsi dans l’estime de la nation. Dès 1589 il a vaguement parlé d’abjurer mais il ne réalise ce dessein que quatre ans plus tard lorsqu’il est déjà quasi certain de la victoire finale. Cette lenteur enlève à l’acte son caractère éventuel de marchandage pour le trône et l’opinion a le temps de s’y préparer. Rien d’intéressant à suivre comme sa conduite les dix premières années de son règne effectif après qu’il a repris possession de sa capitale. Tout en lui est équilibré : la volonté d’équilibre se superpose à la tendance naturelle ainsi que le goût de sérier les questions, de mettre chaque chose à sa place. Le lendemain de son entrée à Paris, il est allé « jouer à la paume tout du long de l’après-dinée » mais le pays est encore beaucoup trop sportif pour que les parisiens s’en irritent[1]. Après quoi il s’est installé, a bien regardé autour de lui, pesant et soupesant une question puis une autre, s’informant, réfléchissant et prenant son temps pour en décider. En 1596 il réunit à Rouen des notables, presque tous gens du Tiers et leur tient un discours pittoresque et franc, invitant ses sujets à participer avec lui à la restauration du royaume. Songe-t-il à rendre aux États-généraux, maintenant décriés, leur ancien lustre ? Il y paraît. Le

  1. Un anglais, Dallington, qui séjourna en France vers 1598, a décrit les Français comme déraisonnablement passionnés pour les exercices violents et s’y livrant « sans souci de l’heure ou de la température ». Il s’est plaint de son propre pays qui, dit-il s’y laissait entraîner par leur exemple.