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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/29

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charles-quint, françois ier et henri viii

Cependant un quatrième acte a commencé. Charles-Quint a bien des fois donné à entendre qu’il se préparait à une croisade éventuelle. Il ne peut se dérober davantage. Soliman a beau avoir échoué dans sa tentative pour prendre Vienne (1529), le péril turc n’en est guère diminué. Pour agir à l’est, il faut assurer la paix à l’ouest. Cette même année est signé à Cambrai un traité dont les négociatrices ont été la mère de François ier et la tante de Charles-Quint. Aussi l’appelle-t-on la « paix des dames ». Elle n’est guère brillante pour la France qui renonce à toutes prétentions en Italie et à toute suzeraineté sur l’Artois et la Flandre, spécialement sur les villes de Douai et de Lille. Charles-Quint, bon prince, « renonce » de son côté à la Bourgogne dont il aurait été bien en peine de s’emparer. François paiera deux millions d’écus d’or pour la rançon de ses deux fils toujours prisonniers et, se trouvant veuf, il se réjouira d’épouser une sœur de l’empereur. Ce dernier, maître de l’Italie la réorganise à son gré. Il érige en duché Florence où se réinstallent des Médicis réduits à la condition de vassaux. Même chose à Milan, en Savoie, à Ferrare, à Naples. Le pape qu’il a si fort humilié s’abaisse jusqu’à le couronner à Bologne. Alors il dirige une flotte sur Tunis qui est un foyer de brigandage, s’en empare et y libère vingt mille chrétiens captifs : croisade avantageuse et ingénieuse. François qui a perdu sa mère dont les conseils lui étaient souvent précieux a commis la faute impardonnable de reprendre les hostilités et d’envahir le Piémont. Et ce faisant il n’utilise pas l’appui turc. Soliman qui guerroie en Perse ne sait pas bien si le roi de France est son adversaire ou son allié. Mais ce même roi qui n’ose avouer devant l’Europe son entente avec l’islam ne craint point de s’associer aux pirates méditerranéens dont le fameux amiral Barberousse est le chef. Ceux-ci assiègent Nice[1] puis vont hiverner à Toulon d’où ils repartent après maintes dévastations emmenant en esclavage quatorze mille infortunés. De la sorte Charles-Quint qui s’efforce à prendre Alger pour supprimer la piraterie et d’ailleurs y échoue, apparaît comme le vrai champion de la chrétienté en face d’une France qui déserte ce rôle.

  1. Nice disputée entre les princes de Tende, ceux de Monaco, les comtes de Provence et la Savoie appartenait alors à cette dernière principauté et lui fut restituée à la paix.