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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/28

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histoire universelle

le misérable Bourbon marcher sur Rome à la tête des bandes déguenillées et indisciplinées que celui-ci aime à commander et où se coudoient des Espagnols ivres de lucre et des Allemands iconoclastes fanatiques. Rome est saccagée comme jamais elle ne l’a été encore. Les barbares d’antan n’ont pas donné de pareils spectacles de fureur sanguinaire et sacrilège. « On ne connaîtra jamais, dit Gebhardt, le nombre des œuvres d’art, des tableaux et des statues, des manuscrits précieux qui périrent ». De répugnants détails ajoutent à l’horreur de cette semaine tragique. Une clameur d’indignation s’élève en Europe. Quelle aubaine pour la diplomatie française ! Mais François ier sorti de sa prison en 1526 est tout à la joie de sa liberté retrouvée. Il a dû promettre la Bourgogne pour sa rançon et livrer ses deux fils comme otages. Dans une assemblée de notables tenue à Cognac les représentants de la Bourgogne ont naturellement refusé de laisser leur province se détacher de la France dont ils la proclament inséparable. Le tour est joué. Tant pis pour les deux jeunes princes qui resteront en prison. Leur père « se divertit dans ses châteaux de la Loire » décourageant les envoyés étrangers qui n’arrivent pas à le rejoindre et auxquels il fait faire toutes sortes de belles promesses en l’air.

Où en est l’Angleterre pendant ce temps ? En recevant la nouvelle de la bataille de Pavie, Henri viii a fait illuminer à Londres pour célébrer la victoire de son cher ami l’empereur mais il s’est immédiatement occupé de le trahir en écoutant les ouvertures de Louise de Savoie. Le roi de France prisonnier, l’Italie sans doute aux pieds du vainqueur, c’est trop ! Ainsi s’inaugure la politique anglaise de bascule qui dure encore et consistera à soutenir alternativement la France et l’Allemagne l’une contre l’autre quand la puissance de l’une l’emportera par trop sur celle de l’autre. Mais soudainement Henri viii ne s’intéresse plus aux affaires du continent. Il ne s’intéresse qu’à une chose : divorcer d’avec sa femme Catherine d’Aragon, pour épouser Anne de Boleyn, jeune irlandaise d’une grande beauté dont il est follement épris. Pour cela il faut obtenir que le Saint-siège consente à annuler le premier mariage. Or la reine Catherine est la tante de Charles-Quint. Rome tergiverse. Pour n’avoir pas réussi à faire fléchir le pape, Wolsey est disgrâcié et remplacé par Cromwell qui va aider et pousser Henri viii à se séparer de Rome.