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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/222

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histoire universelle

nement préalable de l’intelligence mais c’est là un « moins l’infini » que l’on peut négliger ici. Le peintre de fresques préhistoriques possédait déjà un capital considérable d’expérience et de réflexion.

Au cours des âges historiques, le département des connaissances s’est agrandi de façon surprenante par une gradation irrégulière et nullement inéluctable. La marche en avant pouvait s’opérer tout autrement. Bergson s’est demandé ce qu’il fût advenu si la curiosité antique s’était concentrée sur les sciences psychiques plutôt que sur les mathématiques ; l’orientation générale de l’histoire n’en eût-elle pas été modifiée ?… Mais le psychisme était alors et est demeuré malgré tout trop fuyant pour être utilisé comme point de départ et base de recherches expérimentales. Au contraire le hasard aurait pu orienter de très bonne heure nos ancêtres du côté des phénomènes chimiques ; il est singulier qu’il n’en ait pas été ainsi. Le principe en était à portée. Il n’est pas moins étrange que l’idée d’utiliser la force de la vapeur ne se soit pas manifestée plus tôt et que l’électricité ait tant tardé à se laisser capter. La documentation s’opéra par la chance aidée d’une intuition non réglée. Le désir de savoir incitait souvent les hommes mais le levier de la méthode leur manqua constamment. Après avoir cru sentir dans les choses des volontés autonomes qu’ils s’inquiétaient de se rendre favorables, ils n’y virent plus que les pièces d’un mécanisme compliqué dont ils s’efforçaient de trouver le centre et la mesure ; l’idée d’y chercher des forces en action ne fit jamais qu’effleurer leur mentalité ; la conception dynamique leur resta étrangère. Ils furent d’ailleurs victimes de régressions profondes ; maintes connaissances acquises se perdirent qu’il fallut récupérer péniblement. Au moyen-âge, comme nous l’avons vu, on se crut, confondant la science avec la religion, parvenu à l’étape dernière.

Pareils périls ne sont plus à redouter mais un autre se dessine issu d’une documentation maintenant trop abondante et qui, jusqu’ici, n’a pu être ordonnée et rattachée à un classement supérieur. La spécialisation s’est donc imposée. Le savoir a dû être distribué comme on fait de l’eau d’un fleuve pour irriguer le sol à l’entour par parcelles. Récent est le procédé et déjà l’on s’aperçoit combien l’entendement va en souffrir. C’est qu’en effet « plus les faits à connaître se multiplient, plus est vain l’effort pour les assimiler ; mais d’autre part plus va se développant le spécialisme, plus devient large le fossé d’incom-