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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/215

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l’afrique

pagne d’intimidation assurèrent sa victoire. Elle réussit même à mettre le sultanat de Zanzibar[1] à l’abri des ambitions germaniques par la cession en échange de l’ilôt d’Héligoland situé à l’embouchure de l’Elbe et qui ne lui était guère utile mais que convoitaient les milieux militaires prussiens. L’Allemagne ne s’aperçut que longtemps après combien son hésitation à jouer les grands rôles en Afrique avait desservi ses intérêts mondiaux.

Elle s’appliqua du moins à bien organiser ses colonies qui, pour isolées qu’elles fussent les unes des autres[2] et sans espoir de se jamais rejoindre, n’en constituaient pas moins de domaines d’étendue considérable et dont l’avenir pouvait devenir brillant. L’issue de la guerre de 1914-1918 arrêta l’essor allemand. La fiction des « mandats » (il n’y avait là qu’une annexion déguisée) permit aux Anglais de s’emparer de ces territoires dont ils laissèrent leurs alliés français prendre une petite part. On peut douter que le cours du destin s’en trouve grandement modifié. Aux yeux des noirs, les blancs demeurent des exploitants et même lorsque ceux-ci se font apprécier de l’indigène, ils ne doivent pas se figurer avoir enfoncé dans le sol africain des fondations bien durables.

L’Italie, elle, avait tenté sa chance à l’extrême-est. Déçu dans ses aspirations tunisiennes, son gouvernement vers 1888 s’empara du littoral de la mer Rouge qui fut dénommé Érythrée. Les Anglais qui avaient encouragé les Italiens à cette prise de possession les arrêtèrent lorsque, deux ans plus tard, ceux-ci voulurent s’aventurer dans la région de Karthoum. L’empereur Jean d’Éthiopie (le roi des rois comme on le désigne) étant mort, le gouvernement italien commit l’erreur au lieu de laisser les candidats à sa succession s’entredéchirer de se prononcer en faveur de l’un d’eux, Ménélik, qu’elle voulut, une fois couronné, traiter en vassal. La guerre s’ensuivit et le désastre d’Adoua (1896) découragea pour longtemps le cabinet de Rome de rien

  1. Zanzibar un moment occupé par les Portugais après le voyage de Vasco de Gama était tombé sous la dépendance des sultans de Mascate et ne s’émancipa que pour devenir un objet de convoitises entre Allemands et Anglais. La France intervint aussi et se fit donner des compensations lorsqu’en 1890 Zanzibar fut reconnu comme soumis à l’influence britannique.
  2. Le Bechuanaland séparait les premiers établissements allemands du Damaraland et les républiques boers. De là son importance pour l’Angleterre. C’est la Rhodesia qui sépare d’autre part les colonies portugaises d’Angola et de Mozambique entre lesquelles le cours du Zambèze constitue un lien plus théorique que pratique.