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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/211

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l’afrique

responsabilité en incombe aux blancs. L’islamisme en pénétrant jadis chez eux a trouvé les uns réfractaires, les autres accueillants. On a vu souvent des dynasties y adhérer par ambition tandis que leurs sujets demeuraient fidèles à l’ancienne religion — et ce dualisme fonctionner sans heurts. Les violences extérieures n’ont pas manqué. Au soir du xime siècle le royaume de Ghana fut à demi détruit par Aboubekr[1] pour avoir résisté à l’islamisation et, huit cents ans plus tard, l’Ouganda était ensanglanté par une guerre déplorable qu’avaient provoquée les rivalités des missions protestantes et catholiques. Les chrétiens ne comptent pas encore un demi-million de fidèles et les musulmans quoique beaucoup plus nombreux le sont moins qu’ils ne le croient ou veulent le faire croire. Du reste les convertis n’ont pas toujours abjuré ce culte des esprits qui est le fondement de l’« animisme » africain et dans lequel se reflète une tendance panthéiste évidente ; ils ont notamment de la peine à s’accoutumer à la notion de l’intervention providentielle. C’est par là pourtant que réussira à s’exercer — si elle doit réussir — l’emprise religieuse de l’Europe ; de même que son emprise sociale ne pourra aboutir que par le développement de l’individualisme. Les sociétés noires sont-elles, comme le prétendent certains spécialistes de l’Afrique « foncièrement collectivistes » ? Ce n’est pas acquis mais il est exact que la notion de propriété y est généralement limitée aux produits du travail et ne s’étend pas au sol lui-même. Quant à la famille, elle paraît avoir été autrefois basée sur la prépondérance de la parenté féminine ; de nos jours la parenté masculine a triomphé chez beaucoup de peuplades.

Tirer un horoscope raisonnable de ces tendances est impossible ; les destins de l’Afrique noire en seront évidemment influencés mais ils le seront plus encore par le contact de l’Afrique blanche et les exemples qu’elle en recevra.

ii

Il y avait déjà longtemps que la France avait pris pied à Alger et l’Angleterre au Cap — plus longtemps encore que

  1. D’une île du bas-Sénégal était sortie vers 1040 la secte des Almoravides. Aboubekr, l’un des chefs almoravides s’empara rapidement du Maroc et par la prise de Séville (1087) étendit un moment sa domination sur l’Espagne. C’est en 1076 qu’il mit la main sur Ghana.