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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/189

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guillaume ii et la république française

moment désorientés par la catastrophe de Sedan, relevaient la tête, préconisant leur doctrine de l’« appel au peuple » tandis que les partisans du « droit divin » présentaient le recours à la monarchie « légitime » comme le moyen unique de résoudre toutes les difficultés ; à gauche, l’on penchait vers l’omnipotence d’une chambre élue gouvernant sans sénat ni chef d’État. Les formules complexes faites de compromis entre l’autorité et la liberté exerçaient sur l’opinion un moindre prestige. Une expérience chèrement acquise militait néanmoins en leur faveur. Depuis 1791 la France avait usé douze constitutions dont deux, la charte de 1814 et celle de 1830, représentaient non seulement une durée globale de trente-trois années contre quarante-sept pour les dix autres, mais des temps beaucoup plus calmes et propices au travail. Le peuple sans doute n’en était guère averti mais dans les milieux éclairés on s’en trouvait impressionné. Alors que l’incertitude se prolongeait favorisant les espérances des partis extrêmes, ce fut Gambetta qui entraîna les adhésions nécessaires. Son éloquence de tribun patriote eut raison des préventions et des préjugés de son parti. Forts de cet appui, les libéraux purent organiser la république. Ainsi furent votées une à une les lois constitutionnelles de 1875 empreintes d’une sagesse calculée et dépourvues de toute phraséologie[1]. Nul ne pensait toutefois que ces textes dépasseraient la cinquantaine et résisteraient à l’épreuve de quatre années de guerre générale.

Tandis que la France à cette heure trouble de son histoire abritait de la sorte et comme inconsciemment son inquiétude sous l’égide de ses traditions capétiennes, l’effort constitutionnel de l’Allemagne nouvelle s’était parachevé dans un esprit inverse, plus proche des conceptions napoléoniennes. Du fédéralisme germanique auquel le général Grant alors président des États-Unis rendait, le croyant renforcé, un naïf hommage, il ne subsisterait que des formes trompeuses. En réalité le prince de Bismarck avait institué dans l’empire la prédominance de la Prusse et dans le gouvernement prussien celle du chancelier de l’empire. C’étaient des prédominances mécaniques destinées à

  1. Ces lois furent votées le 25 février 1875 avec une majorité de 181 voix sur 689. D’autre part dès le 31 août 1871 un scrutin de 480 voix contre 93 avait conféré pour trois ans à Ad. Thiers le titre de président de la république. En rapprochant ces chiffres, on voit ce que vaut la légende d’après laquelle la république n’aurait été « établie qu’à une voix de majorité ».