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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/178

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histoire universelle

pas anglais, repousser tout ce qui n’était pas utile aux Anglais, chercher à détruire tout ce qui risquait de les gêner. Au service de cette passion, il apporta son intelligence, sa culture et son ironie hautaine de grand seigneur. Ministre des affaires étrangères, il forgea à son image une diplomatie qui s’employa à créer partout des malentendus, à fomenter des querelles. Dans chaque cour le représentant de l’Angleterre s’appliqua à brouiller les cartes, à nouer des intrigues. « Impérieux, soupçonneux, cassant », on le vit « grossir sans mesure tous les incidents secondaires ». Dans les annales diplomatique, la conduite des agents britanniques à Turin, à Madrid, à Lisbonne, à Paris, à Constantinople, à Athènes… représente un véritable record d’incorrection et d’agitation. Metternich put accuser lord Palmerston de s’être mis « à la tête de tous les mouvements qui tendent à bouleverser l’Europe ». Plusieurs anglais, Robert Peel en tête, ne lui avaient pas fait de moindres reproches. Le pire qu’il ait encouru se trouve formulé dans un mémorandum rédigé en 1847 par le prince-consort pour détourner le gouvernement de renouveler en Italie des fautes ayant valu à l’Angleterre « la haine de tous et la conviction générale qu’elle répandait le désordre pour des motifs intéressés ». Sous la plume discrète, sage et pondérée du mari de la reine, de pareils termes longtemps tenus secrets ont une singulière portée.

Si ces procédés avaient duré aussi longtemps que la longue vie politique de lord Palmerston qui ne mourut qu’en 1865, à quatre-vingts ans passés, ils eussent sans doute nui de façon durable au bon renom du pays. Au contraire l’Angleterre en tira bénéfice. On prit l’habitude en Europe de ménager son irritabilité et de lui marquer des égards particuliers. Lorsque Gladstone eut fait prédominer sa « manière », le contraste n’en fut que plus apprécié au dehors mais sans que cessât pour cela le traitement de faveur dont le « Foreign office » et l’opinion britannique jouissaient de la part de la plupart des chancelleries continentales. Il resta d’ailleurs chez plus d’un homme d’État anglais une tendance à imiter lord Palmerston en gestes et en paroles et à recourir au système des sursauts et des saccades pour surprendre son adversaire ou dérouter ses rivaux.

L’ère gladstonienne n’eut pas le « grand old man » pour seul artisan. Il en fut en quelque sorte le symbole politique appuyé