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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/165

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les républiques sud-américaines

ses efforts pour drainer à elle les ressources de son vaste domaine transatlantique, l’Espagne n’y parvenait que de façon relative. La plus grande partie de la richesse demeurait accumulée en Amérique entre les mains de privilégiés peu nombreux lesquels n’avaient aucun intérêt à voir augmenter la production autour d’eux si d’autres qu’eux-mêmes en devaient bénéficier. Aussi encourageaient-ils le maintien d’un protectionnisme outrancier qui empêchait l’enrichissement des classes moyennes sans atteindre les possesseurs de vastes domaines.

Les choses s’étaient passées un peu différemment dans l’Amérique portugaise. Les « capitaineries » instituées dès 1504 au Brésil ne constituaient point des délégations régulières du pouvoir métropolitain. C’étaient plutôt des sortes de fiefs seigneuriaux qui furent par la suite repris ou rachetés les uns après les autres. Ce régime avait tout de suite engendré l’anarchie. Le roi de Portugal Jean iii, pour y mettre fin, envoya un gouverneur général qui amena à sa suite les Jésuites. Ceux-ci commencèrent aussitôt leur œuvre d’évangélisation que n’interrompit point le passage momentané et d’ailleurs assez théorique du Brésil sous la domination espagnole (1580-1640). Ce fut principalement dans la région de Sao Paulo que cet apostolat s’exerça et tout au profit des indigènes. La colère des colons en fut extrême. Les « paulistes » — ces aventuriers téméraires fils de blancs et de femmes indigènes qui organisaient de véritables battues annuelles pour s’emparer des jeunes gens, les réduire en esclavage et les vendre prirent les armes afin de chasser les adversaires inattendus de leur criminel commerce[1].

Dès la fin du xviiime siècle dans ces domaines seize fois grands comme elle que l’Espagne possédait au nouveau monde, on sentait se manifester une certaine effervescence. En 1780 une révolte avait été fomentée par le fils d’un cacique élevé à Cuzco

  1. Les Jésuites fondèrent en 1609 sur la rive droite du Parana leurs fameuses « réductions », collectivités théocratiques et communistes qui comprirent jusqu’à quarante mille familles réparties en trente deux bourgades. Poussant plus loin encore, ils allèrent jusqu’à Cordoba où ils créèrent une université prospère. Après leur expulsion du Brésil le ministre portugais Pombal tenta d’émanciper légalement l’indigène mais sans parvenir à rallier les colons à ce libéralisme encore prématuré.