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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/155

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la formation des états-unis

Lyman et ses hommes regagnèrent à Crown Point une bataille à demi perdue par le général Johnson.

Ni la prise de Québec (1759) ni celle de Montréal ne mirent fin aux hostilités que les indigènes prolongèrent bien après que le traité de Paris (1763) eût consacré la défaite française et la cession de tout le Canada à l’Angleterre. Dans l’ensemble, la lutte entamée en 1690 coûtait aux coloniaux trente mille hommes et quatre-vingt millions de francs, sommes dont la mère-patrie ne remboursa pas même le tiers ; mais leur objectif était atteint car dès le début, ils s’étaient accoutumés à l’idée d’un duel à mort entre eux et les Français, duel qui ne comporterait point d’accommodement quelconque.

Il y avait désormais un peuple américain ayant le sentiment de sa force et éveillé à la notion fédéraliste. Pour conduire un pareil effort guerrier, il avait bien fallu s’assembler et délibérer en commun. Au congrès d’Albany dès 1754, divers plans d’union avaient été discutés dont l’un présenté par Franklin. Mais l’hostilité absolue de l’opinion anglaise à toute initiative de ce genre en arrêtait l’essor. Car les Américains demeuraient loyalistes à un degré extraordinaire. Les injustices, les mauvais traitements, les tracasseries de l’Angleterre avaient beau se multiplier et s’aggraver sans cesse, ils ne se détachaient point d’elle. Ce fut elle-même qui apporta à les jeter dans la rébellion un zèle infatigable. Tant que l’intérêt matériel seul fut en jeu, leur patience ne se démentit pas. Du jour où l’on porta atteinte à leurs libertés essentielles, ils se dressèrent d’un élan spontané. Le domicile privé livré aux perquisitions sous prétexte de réprimer la contrebande, des impôts établis sans le consentement préalable des mandataires du contribuable, c’étaient là des violations de principes sacrés propres à déchaîner une résistance vigoureuse. L’assemblée de Virginie en donna le signal. Elle s’étendit promptement à toutes les colonies. Les produits anglais furent mis en interdit, les marchés dénoncés. L’initiative privée, par des prodiges d’ingéniosité et d’activité, improvisa les industries nécessaires. En même temps un congrès réuni à New-York rédigeait une « Déclaration des droits des colonies » qu’accompagna une adresse d’attachement au roi Georges iii. À Londres l’aveuglement persistait. Plusieurs années passèrent