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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/153

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la formation des états-unis

parut légitimée par l’état de guerre existant depuis l’année précédente entre la France et l’Angleterre mais du côté des victimes l’on ne s’était attendu à rien de pareil et l’on en jugea autrement. L’émoi fut intense. Les autorités du Massachusetts convoquèrent un congrès intercolonial qui s’assembla à New-York le 1er mai. Il fut décidé de former un corps spécial pour défendre Albany et en même temps de diriger une double expédition de représailles contre Québec et contre Port-royal en Acadie. Ainsi fut fait. Québec résista mais Port-royal tomba au pouvoir de ces conquérants improvisés.

À première vue, il semblait bien y avoir disproportion de forces entre les adversaires. Sans doute les Français d’Amérique n’étaient guère plus de douze mille : trappeurs, missionnaires, aventuriers, officiers, soldats derrière eux la métropole indifférente n’encourageait point l’émigration. Là était leur faiblesse. Mais par ailleurs ils détenaient les positions les plus fortes. Sur les pas des Jésuites qui écrivaient à travers ces solitudes une belle page de leur histoire, on avait exploré les grands lacs et descendu le Mississippi. Une série de postes et de fortins commençaient à dessiner l’arc de cercle redoutable qui, allant du Saint-Laurent au golfe du Mexique, assurerait à la France la possession de terres fertiles traversées par le plus beau réseau fluvial. Quant à l’Espagne, installée en Floride et à Cuba, elle entretenait des visées sur la Caroline et pouvait de ce chef être incitée à apporter aux Français un utile renfort : ce qui ne tarda pas à se produire en effet.

Que représentaient en regard, les ressources des coloniaux de langue anglaise auxquels on peut dès alors donner ce nom car parmi une si grande diversité de races, de conditions, d’aspirations, un seul principe d’unité tendait à s’affirmer. On parlait maintenant l’anglais sur la côte depuis la frontière canadienne jusqu’à celle de Floride. Répartis sur ce territoire vivaient environ trois cent mille émigrés ou fils d’émigrés européens dont un peu plus d’un sixième dans la Nouvelle Angleterre — et un peu moins en Virginie — formaient probablement les deux groupes les plus homogènes. New-York, bourgade de cinq à six mille habitants, déjà remuée par l’instinct des affaires malgré que les vaches circulassent encore dans les rues — et Philadelphie, riante et paisible, étaient les centres importants. Point de vie commerciale car les communications d’une colonie à l’autre n’existaient guère et le protectionnisme de la mère-