Ouvrir le menu principal

Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/143

Cette page a été validée par deux contributeurs.
139
napoléon iii ; l’europe nouvelle

de leur autonomie, sa résistance était vaine faute d’un point d’appui. Deak en Hongrie, Palacky en Bohême[1] incarnaient avec prestige de justes causes ; les revendications des Galiciens, des Croates venaient épauler les leurs. L’« affaire des duchés » permit à la Prusse de s’assurer à la fois la prédominance en Allemagne et la possession de Kiel et du canal de la mer du Nord. Il s’agissait du Schleswig et du Holstein qui, tout en dépendant de la couronne de Danemark n’en faisaient pas partie intégrante[2]. Danois et Allemands (ceux-ci en majorité) y vivaient en mésintelligence. Une question successorale s’y étant superposée à la mort du roi Frédéric vii (1863) l’opinion allemande habilement manœuvrée s’enflamma. Cette question avait été réglée d’avance par une convention signée à Londres en 1852 et à laquelle avaient adhéré outre la Suède et la Russie, l’Autriche et la Prusse mais non pas la Confédération germanique en tant que pouvoir distinct : d’où prétexte pour manquer aux engagements pris. Tout fut conduit du reste avec autant de célérité que d’audace. En huit jours (février 1864) soixante-dix mille hommes jetés dans les duchés rendirent la défense impossible. Christian ix qui venait de monter sur le trône de Danemark, dut sanctionner le brutal traité par lequel lui étaient enlevés la moitié de ses États et un million de sujets sur moins de trois. L’Europe prise de court et médusée avait laissé faire. Il n’était plus besoin de proclamer que « la force prime le droit » ; la preuve en était fournie[3].

Entre les deux spoliateurs du Danemark une querelle éclata. L’Autriche prétendait faire des deux duchés un État indépendant membre de la Confédération germanique ; la Prusse se les réservait. Aussi bien le conflit était-il prévu et même désiré à Berlin — tout au moins par Bismarck dont les écrits ont révélé

  1. Le célèbre historien Palacky personnifie la renaissance du nationalisme tchèque. Accablée après la bataille de la Montagne-blanche (1620) la Bohême n’avait que très lentement repris conscience d’elle-même. Le mouvement se manifesta d’abord dans les arts, les lettres et l’histoire. Il acquit au xixe siècle une force remarquable.
  2. Le Schlesvig habité primitivement par les Angles et les Frisons et le Holstein dépendance du duché de Saxe puis de l’évêché de Lubeck se trouvèrent passer au xve siècle aux mains du comte d’Oldenbourg élu roi de Danemark. Mais cela n’impliquait pas aux yeux des Allemands qui habitaient ces régions une annexion au Danemark.
  3. L’année 1864 apparaît ainsi comme un important « tournant de siècle ». Elle vit d’autre part se constituer une « Internationale des travailleurs » ayant son siège à Londres, et s’assembler à Malines les « catholiques libéraux », à Amsterdam le congrès des « sciences sociales » et à Genève les fondateurs de la Croix rouge : quadruple nouveauté.