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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/137

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napoléon iii ; l’europe nouvelle

d’asile aux proscrits. Sous son nouveau roi Victor Emmanuel ii (1849-1878), il était gouverné d’ailleurs par le plus grand politique du xixme siècle, le comte de Cavour. D’accord avec Napoléon iii, Cavour ayant fait participer son pays à l’effort militaire de la guerre de Crimée avait acquis par là le droit de siéger au congrès de Paris. Il y prit tout de suite une place de premier plan[1]. Comme prix de sa collaboration, le Piémont ne réclamait rien ; pouvait-on dès lors refuser d’écouter son représentant lorsque celui-ci, prenant à partie l’Autriche et les gouvernements rétrogrades de la péninsule, les déclarait d’avance responsables des troubles prochains. Et, de fait, en matière de corruption, d’oppression et d’obscurantisme, ces gouvernements s’équivalaient. Aux représentations qui lui furent faites peu après par la France et l’Angleterre, le roi de Naples répondit en termes d’où résulta la rupture des relations diplomatiques entre les trois pays (octobre 1856). L’Autriche qui redoutait par dessus tout les ingérences et l’habileté de Cavour pensa l’embarrasser en rompant à son tour avec le Piémont. Mais Napoléon iii qui avait gardé à l’Italie de sa jeunesse une affection profonde, était résolu à l’émanciper du joug autrichien. Quoiqu’on en ait dit, il n’était pas besoin de l’attentat d’Orsini (1858) et de l’éloquent appel que, condamné à mort, celui-ci adressa à l’empereur avant d’être exécuté pour éveiller en lui une résolution nouvelle. Seulement pour la mettre en pratique il fallait braver Pie ix ; et derrière Pie ix se dressaient les catholiques français premiers soutiens du trône impérial. Plutôt que de choisir entre deux orientations opposées, Napoléon s’attacha à les concilier en imaginant une Italie confédérée dont le pape exercerait la présidence honoraire et Victor Emmanuel, la présidence effective : projet trop simple pour n’être point naïf. C’est dans ces conditions que se produisit l’intervention de 1859.

L’Autriche n’était certes pas prise au dépourvu. On l’avait prévenue comme par un sentiment chevaleresque exagéré. Mais à Vienne aucun préparatif n’était intervenu. Cavour au contraire avait utilisé les délais qu’on lui imposait pour perfectionner les armements de son pays. La campagne fut rapide. Entre le

  1. La maîtrise dont fit preuve Cavour en cette circonstance rappelle, sans toutefois l’égaler, celle qu’avait déployée au congrès de Vienne en 1814, Talleyrand, ambassadeur de Louis xviii. Isolé et suspecté, il avait su comme en se jouant rompre la coalition qui lui était opposée et y substituer un système d’alliances utile à la France. Ce tour de force est le plus réputé de l’histoire diplomatique.