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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/136

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histoire universelle

cette fois avec barbarie par les Russes exaspérés. L’Europe détachée d’eux leur marqua une complète indifférence. On traqua leur langue, leur religion, leurs traditions. Il semble qu’ils n’eussent plus d’amis sinon dans l’Amérique lointaine. La France s’était ôté le droit d’agir et même de parler en leur faveur. Napoléon iii avait fait avec la Russie une paix complète, paix dictée à la fois par le sentiment et l’intérêt. C’était un trait de son caractère de chercher à panser les blessures que lui-même avait faites ; mais il entrevoyait aussi l’opportunité de s’assurer les bons offices moscovites dans sa querelle prochaine avec l’Autriche.

Depuis qu’en 1849 les tentatives d’émancipation avaient échoué en Italie, la politique autrichienne de réaction y dominait : non seulement de façon directe à Milan et à Venise retombées sous le joug étranger mais à Parme, à Modène, en Toscane, à Naples par l’entremise de souverains tout dévoués à la cause de l’absolutisme monarchique et prenant leur mot d’ordre à la cour de Vienne. Le pape de son côté s’était détourné à jamais du libéralisme. On sentait qu’il ne l’avait servi d’ailleurs qu’avec l’espoir d’y trouver le germe de conquêtes nouvelles pour l’Église dont il était le chef. Ce résultat, il le cherchait maintenant dans une direction différente. Dominateur par instinct et par goût, persistant dans ses visées, volontiers audacieux dans ses procédés, Pie ix venait de remporter en pays protestants des succès propres à compenser les ennuis que pouvaient lui causer les affaires d’Italie. D’un trait de plume, il avait rétabli en Angleterre et en Hollande la hiérarchie catholique qui n’existait plus. Il avait délimité des diocèses, érigé des sièges épiscopaux, désigné des titulaires ; et malgré la mauvaise humeur des gouvernements intéressés avec lesquels il n’avait pas entamé de négociations préalables, tout cela demeurait acquis. L’autorité du Saint-siège recouvrait ainsi et très rapidement le prestige que lui avait fait perdre une succession de pontifes incapables.

Seul de tous les États italiens, le petit royaume de Piémont et de Sardaigne restait fidèle à l’idée nationale. Il conservait le drapeau aux trois couleurs autour duquel s’étaient groupés en 1848 les partisans de l’indépendance et de l’unité ; il servait