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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/135

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napoléon iii ; l’europe nouvelle

xixme siècle la reconstitution dans le nord d’une grande puissance scandinave ; l’occasion manquée ne devait plus se retrouver.

Il en alla de même avec la Pologne. Napoléon iii n’osa pas la servir ni s’en servir. L’étrange est que les Polonais n’aient pas cherché davantage à l’y inciter. Lorsqu’en 1813 les troupes russes y étaient entrées, Varsovie servait encore de capitale au grand-duché créé en 1807 par Napoléon ier ; création hybride qui avait déplu à tout le monde. Promptement annulée, un nouveau partage était intervenu entre les anciens spoliateurs. Posen avait fait retour à la Prusse et la Galicie à l’Autriche (sauf Cracovie érigée en minuscule république). Mais la Pologne russe avait formé sous le sceptre du tsar un royaume autonome ayant son armée distincte, sa constitution, son drapeau, son université et conservant l’usage de la langue nationale. C’étaient là de précieux privilèges gageant l’avenir. Les Polonais ne l’avaient pas su comprendre. Ils avaient rendu la vie dure au grand-duc Constantin qui résidait parmi eux comme représentant du souverain. Son esprit tatillon ne l’empêchait pas pourtant de leur témoigner en toute occasion un réel bon vouloir et son administration assurait leur prospérité. La population du petit royaume avait en effet passé rapidement de deux millions et demi à quatre millions et les revenus de l’État de douze à quarante millions de marks. Malgré tout, le mécontentement sévissait. Le contrecoup de l’agitation générale de 1830 avait provoqué le soulèvement prévu : révolte déraisonnable et mal conduite qui fut punie par l’abandon de la politique de bienveillance. Une bureaucratie méfiante et tracassière fut installée. À partir de 1846 — l’indépendance de Cracovie supprimée — la Pologne n’eut plus aucune existence légale mais elle demeura frémissante et portée à une nouvelle rébellion. Que cette rébellion, au lieu de coïncider avec la guerre de Crimée et de forcer ainsi la France et l’Angleterre à prendre en mains au rétablissement de la paix, la cause polonaise — n’ait éclaté que huit ans plus tard (1863) c’est ce qui, à distance, paraît peu compréhensible. Mais la Pologne, alors, ne réfléchissait ni ne calculait ; elle était de nouveau en proie à une de ces crises mystiques qui l’avaient maintes fois secouée ; elle ne voulait attendre son salut que de l’intervention divine et, ne croyant plus en la justice humaine, s’en remettait aux forces surnaturelles du soin d’opérer le miracle de sa résurrection. De là le caractère tragiquement romantique des événements de 1863. Les Polonais bientôt écrasés furent traités