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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/131

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napoléon iii ; l’europe nouvelle

qua la suppression des ateliers nationaux laissant aux ouvriers le choix entre l’enrôlement dans l’armée ou l’envoi en province comme terrassiers sans garanties sérieuses d’existence. Une insurrection terrible éclata qui, quatre jours durant, ensanglanta Paris. Ces « journées de juin » de l’année 1848 constituèrent un des tournants de l’histoire intérieure du pays comparable en importance à ce qu’avaient été pour l’histoire extérieure les événements de 1840. La grande majorité des Français se révélèrent dès lors assez indifférents à la forme du gouvernement mais très résolus à défendre énergiquement l’ordre social basé sur le dogme de la propriété. Les belles formules dont s’était montrée prodigue la nouvelle république étaient déjà désavouées quatre mois plus tard et, quand sonna l’heure d’élire le nouveau chef de l’État, Lamartine qui avait droit à quelque reconnaissance et Cavaignac dont le caractère était fait pour inspirer confiance se trouvèrent distancés et de très loin par un inconnu mais dont le nom était synonyme d’autorité. Cinq millions et demi de suffrages se portèrent sur Louis-Napoléon Bonaparte : suffrages librement exprimés car il n’existait aucun parti bonapartiste. Il commença de se former le lendemain de l’élection.

C’est ainsi que dès le 10 décembre 1848, la république instituée le 24 février précédent se trouvait déjà moribonde. Le « prince président » ne prit point la peine de l’achever. Élu pour quatre ans et non rééligible, il savait que le pays allait le pousser à proroger lui-même ses pouvoirs. Ainsi le coup d’État de 1851 se trouvait en quelque sorte approuvé d’avance avant même de l’être par un plébiscite de sept millions et demi de suffrages favorables. Il est regrettable que pour se donner apparence d’avoir « sauvé la société », les collaborateurs de Louis-Napoléon aient cru devoir exercer contre la petite minorité protestataire une répression aussi cruelle qu’inutile. Quoiqu’il en soit, le rétablissement de la dignité impériale proposé au peuple français dès l’année suivante rencontra la même adhésion. Le nouveau souverain eut le droit de se dire empereur « par la grâce de Dieu et la volonté nationale ». Et tout de suite s’affirma la politique interventionniste que, dès son élection à la présidence, il avait inaugurée résolument.

L’avènement de Pie ix au trône pontifical (1846) avait semblé ouvrir pour l’Italie une ère nouvelle et la répercussion