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Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/130

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histoire universelle

cendres impériales de l’île de Ste-Hélène. Tout contribuait ainsi à préparer la restauration bonapartiste[1] mais personne ne s’en rendait compte faute d’un Bonaparte sur qui concentrer les regards. À peine se rappelait-on l’existence de Louis-Napoléon. Les mieux renseignés savaient qu’il avait vécu en Italie et s’y était affilié à la secte révolutionnaire des « carbonari » et, que devenu citoyen suisse, il était lieutenant dans l’armée fédérale. Par une ridicule tentative pour provoquer le soulèvement d’un régiment de la garnison de Strasbourg (1836), il avait donné jadis une faible opinion de ses moyens. Quand il avait voulu quelques années plus tard recommencer l’aventure, personne n’y avait fait attention.

La chute de la monarchie orléaniste survint par surprise. Paris même, centre de la campagne menée en faveur de la réforme électorale, ne s’y attendait point. Louis-Philippe ne sut pas réagir et abdiqua. Trois dynasties usées en moins de quarante ans, il ne restait plus que la forme républicaine. On s’y jeta avec beaucoup de bonne volonté. Le gouvernement provisoire trouva pour le servir quelques bons esprits et un grand nombre d’utopistes. Parmi les premiers Lamartine et le général Cavaignac tenaient la tête. L’illustre poète fut égal à lui-même par son éloquence infatigable comme par son sens politique. On était d’accord pour écarter la violence mais le mouvement social devait y conduire. C’était là un terrain nouveau où les Français s’aventuraient sans préparation préalable. L’égalisation des conditions, le nivellement par l’impôt, l’organisation du travail, les institutions mutualistes, tout cela n’avait été ni tenté ni même désiré par les révolutionnaires de la fin du dernier siècle ; ils étaient restés bourgeois et propriétaires avant tout. Depuis lors les idées avaient marché, mais les idées seulement. L’application tentée prématurément fut désastreuse. À Paris où la crise politique avait déterminé une crise économique, on proclama le « droit au travail » et on créa des « ateliers nationaux » pour les ouvriers inoccupés. Il en vint de la province ; ils furent vingt cinq mille en mars, soixante mille en avril, cent mille en mai. Il n’y avait plus de travail. L’Assemblée nationale qui venait d’être élue au suffrage universel provo-

  1. Dès les premiers temps du règne de Louis xviii s’était répandue la légende d’un Napoléon ier champion des idées libérales dont il avait voulu imposer le respect à l’Europe et que celle-ci avait méchamment obligé à des guerres incessantes. Il y eut là une des plus curieuses déformations du sens critique collectif. L’opposition l’utilisa abondamment. En fin de compte ce fut Louis-Napoléon qui en profita.