Ouvrir le menu principal

Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/121

Cette page a été validée par deux contributeurs.
117
la résurrection de la grèce

appesanti sur eux tous de façon opprimante et cruelle certes, mais sans tendance à les supprimer collectivement et encore moins à les assimiler. À mesure que l’empire ottoman voyait sa force décroître, l’étau tendait donc à se desserrer et les nationalités opprimées à se reconstituer ouvertement. Le sultan n’exerçait plus qu’une ombre de pouvoir. À Constantinople, les terribles janissaires lui dictaient à tout moment leurs volontés. Alger, Tunis, Bagdad, la Syrie, l’Albanie, la Bosnie étaient aux mains de vassaux dont la vassalité était toute fictive. Quant au pacha d’Égypte Mehemet Ali[1] c’était un véritable souverain beaucoup plus puissant que le sultan. Maître de l’Arabie et de la Nubie, possédant une armée et une flotte redoutables, ayant développé fort habilement les ressources du pays, il était à même de jouer en orient un rôle de premier plan. De cet ensemble de circonstances concourant à accentuer la décadence ottomane, les Serbes avaient été les premiers à profiter. Leur condition était demeurée longtemps misérable. Réduits aux métiers de laboureurs, de bûcherons ou d’éleveurs de pourceaux, ils avaient conservé une organisation villageoise patriarcale. Le bas clergé issu d’eux partageait leur misère. Les évêques étaient généralement des grecs ayant acheté leurs charges au sultan. Dans les villes les janissaires tenaient garnison et les marchands turcs monopolisaient le commerce. La plupart des descendants des anciens seigneurs étaient devenus musulmans. Ainsi le peuple vivait-il dans l’isolement. Seuls quelques couvents fortifiés et jouissant de privilèges consacrés par le temps maintenaient les traditions nationales, veillant sur les tombeaux des anciens rois et entretenant de rares écoles. Révoltés en 1804 contre des exactions grandissantes, les paysans serbes trouvèrent un chef en Karageorges (Georges le noir), homme brutal et sans culture mais qui parvint à les libérer. La Russie toutefois les ayant abandonnés lorsqu’elle signa avec la Turquie le traité de Bukarest (1812), ils retombèrent sous le joug. Mais un autre chef leur vint en la personne d’un simple valet de ferme, Miloch Obrenovitch dont la bravoure mêlée de finesse réussit à conquérir enfin une autonomie définitive (1814). La Croatie, la Bosnie, l’Herzégovine avaient partagé le sort de la Serbie proprement dite. Quant aux Monténégrins ils vivaient retranchés dans leurs

  1. Mehemet était albanais et avait débuté comme marchand de tabac. De même son voisin Ahmed, pacha de Syrie était un ancien portefaix, bosniaque de naissance. Ces aventuriers d’origine chrétienne prenaient peu à peu dans l’empire turc dégénéré les premières places.